Dans les Airs

lianes

Nous nous séparons de Vicky et Daniel qui veulent expérimenter la nuit en cabane dans les arbres et nous dirigeons peu à peu vers notre port de départ. Je commence à sentir des gênes mal placées, qui commencent même à être handicapantes. Quelles autres joyeusetés me préparent ce voyage ? Nous marchons pour retraverser l’île. Nous nous renseignons sur notre bateau.
« – Il ne viendra pas. »
« – Quoi ? »
« – Ni aujourd’hui, ni demain. On ne sait pas quand. La mer est trop grosse. »
Nous attendons le lendemain. Nous commençons à nous inquiéter, nous n’avons bientôt plus le temps de jouer au chat et à la souris avec les bateaux.
Le lendemain, les nouvelles ne sont pas plus réjouissantes.

paysage1

barque
Nous devons nous forcer à prendre l’avion, c’est notre unique solution pour éviter que notre oiseau internationale ne quitte le territoire sans nous.
L’ennuie c’est que notre budget calculé serré ne nous permet pas de prendre un billet d’avion sur cette île : nous n’avons pas assez de devises du pays… Nous devons en retirer. Oui, mais chance ultime pour nous, nous tombons sur un jour férié : les banques sont fermées. Et bien sûr, impossible de prendre le billet d’avion à l’aéroport avec une carte bleue, ou gold, ou en opal, ou même arc en ciel.
Nous n’avons qu’une seule solution : prendre le billet sur internet.
Oui, mais il n’y a quasiment pas internet sur l’île. Nous faisons du porte à porte sans succès.
Nous restons, songeur sur la place du marché attendant un miracle…
Je vois passer des Blancs. Je me jette sur eux. Ils ont un téléphone.
Je les agresse pour internet.
Ils ne l’ont pas sur leur téléphone mais savent où nous pouvons le trouver : dans un hôtel hors de la ville.
Nos sacs sur nos épaules, on prend le chemin de l’ultime chance. La connexion salvatrice est à plus d’une heure de marche.
Nous arrivons dans cet hôtel désert. Nous nous asseyons pour siroter un chocolat et boucler notre trip à Tanna.
Internet… Les mails.Cela faisait trop longtemps que nous n’avions pas eu de vos nouvelles. On vous sent de nouveau prés de nous, une boisson chaude, affalés sur des chaises avec vue sur la mer…On se sent bien. Nos billets d’avion en poche.
Demi-tour.
La lumière à Tanna est la plus belle du Vanuatu. Nous déambulons sur ce chemin de piste embrasé par les couleurs du crépuscule. A ce moment-là, précisément, j’aimerais me souvenir de tout. Je veux me souvenir de la douce clarté orangé qui nous enveloppait, du vert intense et nerveux qui pimentait notre parcours, des gens souriant que nous croisions, des marchés où les femmes en groupe préparent des banquets de délices tout près du Nakamal où les hommes enchaînent les kavas :
« – Ils auront faim en sortant. » Nous racontent ces habitués.
On se fait plaisir, brochette, lap lap et bananes coco… La chaleur est douce. Je suis sereine malgré la douleur qui me taraude. Je suis nostalgique avant l’heure, de quitter cet archipel.
La nuit tombe : il est temps de planter notre tente. Un pasteur entend notre demande et nous invite à poser notre hutte orange près de l’église. Il est 23h. Et la case résonne des chants de bonheur de leur amour de Dieu. Je me dis que cette église-là réussit bien plus à fédérer que les églises chrétiennes. Quand on les entend, on sent qu’ils sont investis non pas simplement par leur divinité, mais par la Vie elle-même, c’est une ode superbe à l’Existence, à l’Amour, à l’Humanité. On a envie de sortir pour se joindre à eux… mais non, j’ai trop mal. D’une douleur encore inconnue. Cela me réveillait juste les autres nuits, là je peine terriblement à m’endormir. La douleur devient lancinante. Je pleure un peu, juste pour fêter le fait d’être une femme en voyage.

Nous arrivons à l’aéroport. Nous avons une autre taxe dite « taxe surprise » à payer. Le coucou est arrivée, nous sommes huit à bord. Le pilote, d’une jeunesse rassurante, lit le manuel avant le décollage.
En un clin d’œil nous voici à Port Vila.

pilote

deux

avion

Plus de bateau, plus de nouvelle île, plus de nouvelles rencontres. Nous retrouvons Wai Melmelo, notre chambre, la famille de Greg… Nous sommes des habitués. Ce sont nos derniers jours dans cet incroyable archipel, nous repartons dans 48h.

On nous annonce que six prisonniers à « haut risque » se sont échappés et se promènent dans les rues. C’est peu rassurant. Leurs visages sont placardés à l’entrée de notre paisible Wai Melmelo. Une femme cherche à nous expliquer leurs exploits et pourquoi ils étaient incarcérés.
« – Je ne veux pas savoir. »
Elle nous glisse quand même comment la jambe d’un des prisonniers a été brisé à sa dernière évasion pour lui passer le gout du voyage. Je baisse les yeux et n’entrerais pas dans un débat sur la violence inutile des autorités. La preuve en est…ils sont déjà de sortie.

marché

Nous traînons dans le marché aux fleurs :le cœur de Port Vila où l’on y croise plus de légumes que de fleurs. Paniers de tarots, de maniocs, d’ignames, de patates douces, de cacahuètes, de bananes plantains, d’ananas, de mangues, d’avocats, de fruits de la passion, de citrons, d’oranges. C’est un festival de couleurs et de saveurs… Le marché est immense.
Tiens ?  Vicky et Daniel.  On se retrouve à l’occidental pour un petit déjeuner tout ce qu’il y a de plus classique sur nos terres : croissants…chocolat…jus d’orange.

croissant
Vicky se penche vers moi d’un air de confidence. Elle a aussi des soucis, moins festivaliers que les miens, mais j’en conclus que c’est l’eau avec laquelle nous avons pris notre douche à Tanna qui est responsable de cet enfer portable. Et mes faiblesses personnelles n’ont fait qu’empirer le problème.
Ce matin passera par une visite chez un marabout français… Je ne peux plus dormir, chaque douche m’arrache des larmes et j’en suis à en éviter presque de marcher tant cette douleur est intenable. Je vous passe mes systèmes D de Survivor pour m’éviter de rester enfermer toute la journée.
Le docteur à l’air d’être devant un tableau contemporain pour les plus romantiques, devant l’éclectisme d’une garniture de pizza pour les amateurs de Kid Paddle … Il ne sait pas par quel bout prendre le problème, ou les problèmes apparemment. Il résume les détails de son verbiage médical :
« -Vous n’auriez vraiment pas dû attendre. »
Et en moi : « – On fait comme on peut vieux marabout. Donne moi les herbes médicinales, sorcier ! »
Le marabout diplômé d’une école parisienne prend très cher et les médicaments le sont encore plus. Ils sont tous importés de la Nouvelle Calédonie. Déjà réputé comme …pas donné.

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