MENSONGE

Mensongeweb

Share Button

Ocean = Muscle aquatique

vuesurmer

gregbat

Nous dénichons une place que nous jugeons plus confortable.
Tous les ni-vans ayant préférés se mettre à l’intérieur du bateau dans une pièce minuscule mais à l’abri des quatre vents. Les femmes et les enfants sont par terre, assis en tailleur. Pour encore une quinzaine d’heure, nous n’aurions pas tenu pliés de la sorte et surtout sans cet air frais du large qui nous donne un peu de vie. À bord des vêtements sèchent. Sûrement ceux des marins qui ne mettent quasiment jamais le pied à terre.

La mer se met à tanguer. Greg dégage le lest de son estomac par-dessus bord et s’allonge en attendant la fin du monde. Il ne l’attendra pas aussi longtemps qu’il le pensait.
La nuit arrive en amenant la tempête.
Notre pont se vide des derniers ni-vans. Tous sont descendus dans cette cave protégée. Mais notre envie n’est vraiment pas de partager la chaleur, la moiteur ambiante et l’odeur fleurie d’un groupe d’inconnu, tous aussi malade que n’importe quel terrestre, confinés dans une boite de conserve.
La stabilité du bateau commence sérieusement à nous inquiéter.
Dans la nuit impitoyablement noire, nous ne voyons pas la mer, nous ne voyons pas les vagues…Mais nous les sentons. Nous les sentons frapper le bateau. Le saisir. Le projeter.
Nos corps, allongés pour plus de kinésie, commence à vouloir rouler.
A droite.
A gauche.
La pluie s’abat. Froide. Et violente.
Ok. Oui c’est une tempête. Ok. Le bateau nous roule de droite à gauche comme de vulgaires sacs. On prend conscience que notre esquive n’a que de frêles barrières et que si une vague plus grosse que l’autre nous prend de court nous passerons aisément par-dessus bord.
Système D. Analyse dans la pénombre de l’environnement. Ne pas se lâcher la main. Ne pas lâcher nos sacs à dos. A quatre pattes, essayer de se coller contre la cheminée qui crache du gasoil, à peine filtrer, se coller contre le cockpit des pilotes, pour se protéger des raguasses gelées qui tombent du ciel et enfin coincer nos corps ballottants à un objet solidement fixé au bateau et si possible loin des barrières légères de sécurité, ultimes portes avant le grand bleu. Mais rien ne semble vraiment fixé… On finit par voir une sorte de sceau en métal, cimenté au navire. A l’intérieur : du sable, et des mégots de cigarettes.
Parfait. On s’harnache entre les clopes froides et la cheminée de crachat noirs. On monte notre abri de duvet. Et on se tient. La mer semble folle et nos corps suivent les caprices.
Les corps roulent à droite.
Les corps roulent à gauche.
Avec toujours plus de force mais moins de l’attitude grâce à notre système.
Les corps sont projetés à droite.
Les corps sont projetés à gauche.
Nos têtes se cognent au cendrier improvisé. Mais nous commençons à nous sentir en sécurité. La tempête peut bien déchaîner les éléments, si le bateau ne se retourne pas, nous tiendrons sain et sauf jusqu’au matin.
Une vidéo manque à cet épisode mais revenir vous voir occupait toutes nos pensées.
Les corps sont expulsés à droite.
Les corps sont expulsés à gauche.
Nous sommes devenus des pantins qui patientent.
Toute la nuit.
Nous sommes réveillés par le rire des ni-vans qui nous découvrent attachés au cendrier.
La mer est calme de nouveau.

landscape
Nous n’avons plus d’énergie.
Nous attendons seulement que le bateau rentre au port.
-« Des vagues de plus de quatre mètres ! Cette nuit était de la folie. »
Nous sommes d’accord avec les pilotes.
Chez les marins il y a une échelle pour les vagues de 0 à 9m. Avec des vagues entre 4 et 6m nous étions sur une mer très forte. Nous sommes soulagés que la mer n’ait pas voulu nous montrer toute l’étendue de ses pouvoirs.
Nous nous sentons sales et vidés. Greg un peu plus…
Nous désespérons d’arriver plus vite. Le Picard, livide, commence déjà à s’apeurer pour le bateau qui nous mène à Tanna dans trois jours. La mer y est réputée pour sa haine des bateaux.
Chaque jour suffit sa peine, nous aurons le temps de nous refaire une santé sur la terre ferme avant de vivre une autre aventure de Haddock. Port Villa se découpe dans son port vert.
Greg commence à se détendre …
« – On arrive. »

bateau
Le port en dur, permet l’amarrage de plus d’un bateau à la fois. Et notre bateau vient se sandwicher entre deux autres marins. Greg flageole.
Il a lu le nom du bateau de droite
TORAKEN II.
Non… il n’est pas déjà là… Ce n’est pas possible. Enjambant les bateaux qui nous séparent de la terre, il part au renseignement.
C’est bien le rafiot que nous devons prendre dans trois jours. Mais à l’heure qu’il est, il devait encore être sur l’île de Tanna.
La sentence tombe comme un couperet.
-« Nous partons dans 4h. »
Si nous ne prenons pas celui-ci, nous ne pourrons pas nous rendre sur Tanna avant de quitter le Vanuatu.
Nous traversons la ville pour prendre nos tickets pour une nouvelle épopée maritime…

Share Button