VIVRE DINO-CENCE

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Norbert

Non…
Non…
Pas ça.
Je me réveille en plein milieu de la nuit, dans notre case silencieuse et sombre.
Pas ça… non … pas ici. Les symptômes qui m’ont tenu éloignés de la première soirée sur la terre ni-van sont de nouveau là.
Okay, non, ça ne peut pas être ça. Je psychote. Oui je psychote, calme-toi.
Oui mais tu n’as pas beaucoup d’eau.
Bordel.
Je me lève. Enfile mes chaussures. Embarque la lampe de poche.
Il est je ne sais quelle heure de la nuit sombre de ce village de fou et je dois aller pisser. Le sol de cette case est en naturel, ma tête m’évoque l’idée d’en profiter . Non, je ne peux pas.
Je suis morte de peur à l’idée de traverser cet étrange de village la nuit. Seule. De passer devant ce Nakamal où uniquement des hommes se rendent et où la boisson qu’on y sert se veut psychotrope.
Je respire.
Je ne veux pas réveiller Greg. Pas pour ça. Pas encore pour ça. Et d’ailleurs je n’ai pas ça. Je psychote. Ce n’est rien. Je suis forte.
Je sors de notre hutte. Je retiens mon souffle et monte sur la petite butte. Je ne fais pas un bruit. La nuit ne fait pas un bruit.
Le nakamal est vide.
Premier soulagement…
J’entre dans cette paillasse précaire ouverte aux quatre vents. Je prie. Et j’ai mal.
Les pieds écartés au-dessus de ce trou dans le sol, cette fosse odorante…
Je me fige.
J’ai entendu un bruit.
Tout prêt.
Je retiens ma respiration.
Ce bruit se rapproche, il est contre ma paillasse en palmier.
Je sens mes larmes qui montent…
Et…
OH P*
Un cochon s’infiltre dans les chiottes.
Autant apeuré par moi que je l’ai été par lui. Il semble coincé dans la paillasse. Dans la pénombre je ne l’avais pas vu, il dormait. Surement réchauffé par la matière humaine en décomposition.
Mon cœur joue tous les tambours de guerre…. Et insulte allègrement celui que je nommerais désormais Norbert.
Je rentre. Mais ne peut dormir. Oui, c’est ce que je craignais. Cystite en plein milieu de nulle part sans eau pour en boire des tonnes. Les effets secondaires arrivent sans trop tarder. J’ai froid. Je frissonne avec quelques coups de spasmes pour rythmer tout.
Je veux me convaincre. Non je n’ai pas mal.
J’avale du bicarbonate.
Je retourne à la butte.
Sans trop de craintes cette fois.
Norbert me fait sursauter une fois de plus. J’en conclus qu’il vit ici. Il est coincé de nouveau dans la paillasse, j’ai peur qu’en reculant il ne tombe dans la fosse. Je me sentirais bien évidemment le devoir d’aller chercher la bête hurlante avant qu’elle ne trépasse dans des cris de cochon hystérique. Je réussis à le faire sortir par la porte malgré la principale raison impérieuse qui me retient en ces lieux.
Troisième fois.
Quatrième fois.
Cinquième fois.
Sixième fois. J’ai bien sûr pris le coup désormais et me contente de taper des mains quand je m’approche de la maison numéro une des petits cochons…Celle en paille. Et en salue ce morceau de bacon rose qui accompagne ma nuit.
« – Salut Norbert ! Ouais je sais, encore moi, toi aussi tu passes une sale nuit, he ? On aurait dû échanger nos cases.»
Je reprends du bicarbonate et finit le reste d’eau.
J’attends l’aube.

coch

ch

Je suis comme qui dirait …fébrile au matin et une randonnée sur les volcans nous attend. Mes jambes me disent que c’est impossible. Ma tête me dit que de toute façon, une journée dans cet étrange village accompagné en plus d’une infection ne me promet pas plus de joie. Et mon cœur s’interpose en m’insultant :
« – Un volcan BORDEL ! Actif ! Tu vas bouger ta vessie à deux balles et te bouger le train jusqu’en haut. »

On nous apporte des beignets et le fameux thé des îles. Les ni-vans en sont fous. Cette boisson est un reste de la période coloniale britannique : du thé noir, du lait sucré en granules… très sucré. Sucre, thé noir, lait… C’est absolument mauvais pour moi. Mais je me dis que sans coup de fouet sucré, je n’arriverais pas en haut.

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Nous partons avec un des fils ou neveux de notre hôte. Et une femme. Elle n’a jamais vu le cratère malgré son appartenance au village. Et deux gosses. Pour la randonnée ils sont en tongs. On nous avait dit sept heures aller à partir du village jusqu’au volcan Marum.
Notre guide se place devant.

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