KAVA-STROPHE

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Walpiri, bush et crustacés_ Warlukurlangu

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Même pour deux semaines, nous décidons d’assister aux cours de Walpiri pour débutants.

Je pense l’apprentissage de la langue nécessaire pour montrer à la population qu’on ne vient pas en touriste curieux et passif, mais que l’on vient pour découvrir leurs vies, leurs cultures. Même si, bien évidemment, deux semaines sont une blague pour ce but là.

Ils se passent dans la petite école du village. Rachel initiée par Wendy l’anthropologue linguiste officieuse, nous lève le voile du dialecte aborigène de la zone. Ce sont les vacances scolaires alors nous ne sommes pas beaucoup. Finalement, je ne suis pas sûre qu’il y ait beaucoup de fidèles. En fait, tous les gens présents sont du centre d’art, la deuxième semaine deux nouvelles seront de l’école, institutrices peut-être.

La pratique de cette nouvelle langue peut poser des problèmes quand vous sortez deux mots à un ancien qui croit que : ça y est, vous êtes bilingue et qu’il commence à vous en raconter des tonnes. C’est une grande déception pour lui et une profonde frustration pour vous. Mais la plupart comprennent que vous débarquez et apprécient l’effort.

Voici quelques mots pour vous entraîner :

Ngurrju mayinpa ?……………………….Comment ca va ?
prononcez : Niourtchou mai-im-ba

Ngurrrjurna. ………………………………..Je vais bien.
prononcez Niourtchourna

Yuwayi. ………………………………………oui
prononcez Youwouai

Lawa. ………………………………………….non
prononcez Lowa

Et notre petit préféré :
Ngaka rnangku nyanyi ! …………………A plus tard.
prononcez : niaka niango niani

Notre premier cours était difficile, notre leçon était autant un exercice d’anglais que l’apprentissage d’une nouvelle langue. Malgré un cerveau en surchauffe à la sortie nous avons savouré les informations culturelles autant que linguistiques.

Nous apprenons entre autre qu’une personne décédée ne doit plus être citée par le nom avec lequel on l’a connue, qu’elle prend un autre nom et ne doit pas être représentée. Gros problème avec l’avènement de la photographie avec les portables et les jeunes qui ne respectent plus cette règle.

La leçon d’une heure passait à une rapidité bluffante. Nous la terminions toujours avec la chanson hautement culturelle du petit kangourou qui cherche sa môman kangourou (ne vous inquiétez pas ça se finit bien). Notre premier essai ressemblait beaucoup à un chant à la messe. On bouge les lèvres pour l’illusion mais on ne dit rien. Dès la deuxième leçon, nous avons poussé la chansonnette comme des vrais kurdu (enfants)…

Ci-jointe la vidéo pour entendre votre première chanson en Walpiri, malheureusement sous-titrée en anglais et pas en Walpiri, ce qui vous empêche de la faire en karaoké…Mais notez au passage la beauté du décor et le réalisme des personnages.

La chanson du petit Kangoo
http://www.pawmedia.com.au/archive/marlu-wita-ngati-nyanu-wangu-579

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Le weekend se profile.

Il parait qu’il n’y a rien à faire dans ce coin reculé. Georges nous prend sous son aile de bon matin pour une marche dans le bush.

– On va petit déjeuner à la méthode pionnière.

Cependant on lui propose d’emmener le gâteau que nous avions préparé la veille et un thermos d’eau chaude.

Il nous regarde :

-Pionnier, on a dit.

Nous sommes campeurs de rien mais campeurs raffinés. Mais nous nous plions aux restrictions volontaires. Après une heure de marche nous nous arrêtons sur les hauteurs pour allumer le feu qui nous permettra de préparer :

– le damper (prononcez dampa), un pain entre la tortilla pour sa forme et le scone pour sa texture fait de farine, de levure et d’eau

-le thé

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Nous partons ensuite à la découverte du bush, de son in-hospitalité et, étonnement, de ses ressources…

Nous goûtons aux Tanami apple (pommes de Tanami), terriblement acres dont tu ne manges ni la peau ni les graines mais ce qu’il y a entre les deux. Sachant que le fruit fait la taille d’un gros raisin, vaut mieux pas avoir une grosse fringale.

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Justement, y a t-il du raisin dans le désert ? Son nom est Kudjera…une bille qui semble naître déjà sèche.

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Un très fort goût proche du tabac ou de la Vegemite, certains connaisseurs diront juste épicé. Il parait qu’il est excellent à mettre dans les sauces, les chutney… bref, pas un met à déguster sur l’arbre. Greg lui a réservé le même sort qu’à la Vegemite. Il l’a recraché.

Nous reconnaissons le tea tree, eucalyptus efficace contre toutes les piqures, antiseptique, et tant d’autres… Nous goûtons à la lèpre sucrée d’un arbre de sa famille. C’est un insecte parasite qui produit du glucose pour faire des abris à ses petits. Nous observons les fleurs étonnement nombreuses sans en connaitre leurs noms ou leurs effets, bons ou mauvais. Nous nous attardons sur l’acacia dont l’infusion soigne des toux et les coups de froid. Et tant d’autres choses dont nous ne connaissons pas les secrets.

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Le désert ne nous paraît plus si désert, plus si sadique et trompeur. Il nous semble juste… inconnu et fragile.

Nous terminons notre rencontre par des chevaux, immenses, superbes. Ils essaient de protéger quelque chose de nos chiens…

C’est leur poulain, déjà à terre.

On essaie de virer les chiens surexcités sans se faire attaquer par les étalons sauvages. Mais leur petit est déjà salement abîmé d’une lutte antérieure. Sa cuisse est ouverte et il a un oeil infecté qu’il ne peut déjà plus ouvrir. Nous ne pouvons l’achever, nous ne pouvons le sauver et ne pouvons rappeler ces chiens sans collier.

Nous essayons de nous dire que ces chiens écourteront l’agonie en sachant que ces chiens ne savent pas tuer. Ils savent abîmer.

Inutiles, nous quittons les lieux, pensant à ces stockmens qui ont abandonné l’animal le plus important de toutes les conquêtes dans un milieu qui n’est pas le leur.

Les blancs n’ont pas de reconnaissance.

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