Histoire de colonisation 2/2

Cette dualité commençant à entraîner de fortes tensions, la France et l’Angleterre, pour être sûr de ne rien en perdre, décidèrent de former un gouvernement unique au monde : le condominium franco-britannique. Ces accords établissent une influence égale entre les deux pouvoirs coloniaux, sans souveraineté exclusive. Les ressortissants des deux puissances coloniales ont donc des droits égaux mais la population autochtone… Aucun. Tout était doublé. La monnaie, les administrations, les polices, les services de santé, les systèmes pénitentiaires….Mais jamais l’archipel ne fut géographiquement partagée entre les deux puissances.

Puis le peuple se soulève. La politique autochtone s’organise autour du mouvement Nagriamel, en commençant par revendiquer des terres. Puis en déposant une pétition aux Nations Unis. Le Parti National des Nouvelles Hébrides, majoritairement anglophone, commença à prendre de l’influence, une constitution fut écrite en 1979. Le chef de fil,  le pasteur Walter Lini devint premier ministre cette même année. La rupture entre anglo et francophone était consommée. Les francophones des îles Espíritu Santo et Tanna tentèrent alors de faire sécession, sous la houlette, étrangement, d’un anglophone Jimmy Steevens.
Un contingent franco-britannique empêcha la sécession.

Lors de l’indépendance le 30 juillet 1980, une grave crise politique s’en suivi. La volonté sécessionniste des deux îles était toujours vivace et fut matée dans le sang par l’armée de Papouasie appuyée par l’Australie. C’est ce que l’on appelle la « Coconut War »
Jimmy Steevens fut condamné à 14ans de prison.

amnestie

jimmy
 Nouvelles-Hébrides- 20 juin 1980-
La colonie franco-britannique un mois avant son indépendance: Jimmy STEVENS, le chef de l’île de Spirito Santo insurgée, patriarche de 57 ans, leader du Nagriamel, parti politique modéré des Mélanésiens francophones coiffé d’un béret pose aux côtés de ses guerriers archers d’une tribu, en pagne.

 

Cette blessure est restée profonde dans l’histoire ni-van et depuis ce jour, il reste une méfiance entre les anglophones et francophones. Ces derniers étant considérés comme des traitres à l’égard de leurs pays par le gouvernement et la population. Les ambassadeurs furent chassés. Et l’image de la France fut ternie car elle avait promis des armes au peuple…qui ne sont jamais venues. Leur implication dans cette rébellion n’est pas clairement définie.

Les francophones se sont sentis abandonnés, comme le ressens toujours aujourd’hui Louis Nako. Francophone de l’île de Tanna qui a trompé la garde pour prendre un avion et rencontrer des troupes françaises.

Les décennies qui ont suivis ont été marquées par les parties anglophones. Mais en 2005, le gouvernement a présenté un projet de politique linguistique national afin de dénouer cette dichotomie linguistique…
Le pouvoir de la langue.

Voici une vidéo de l’annonce de l’indépendance du Vanuatu aux français.
Independence Vanuatu
« Ayant résolu les problèmes de leurs « aRborigenes », en les parquant dans les réserves les australiens s’estiment sans doute compétant pour conseiller les nouvelles nations mélanésiennes. »

C’est toute cette Histoire que les mots de Monsieur Louis Nako voulaient nous raconter. Mais le puzzle de son archipel mosaïque était tombé à mer. Pas facile de finir un puzzle quand on ne l’a jamais vu terminé.

Monsieur Nako ne regrette pas ses actions pour la France, il est amer :
« – Si les français étaient restés nous aurions des routes, des écoles ! Regardez la Nouvelle Calédonie ! Nous sommes pauvres comparés à eux. »

Nous partageons un repas. Il pose avec sa famille pour que nous puissions envoyer son sourire à son fils de Santo.

amourfamille

famillenako

Nous passons notre dernière soirée dans la famille de Simone. Accolade. Rire. Oui, on se reverra surement. Je pense qu’on y croit en prononçant ces mots. Je m’éclipse toutes les heures pour m’écrémer d’antibiotiques, je retraverse le quartier pour les rejoindre. On leur raconte nos voyages. Les photos, les vidéos que nous avons prises ne les intéressent pas du tout. L’ambiance est un peu étrange, un peu évaporé contrairement aux autres soirées. Le kava de Simone a peut-être déjà fait son effet. Le cocktail, avec des au revoirs en guise d’olives,  donne peut être un peu trop d’amertume à la soirée.
Nous rentrons.

gregfriend

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