On a tué l’été indien_ Milford Sound

Une femme au cheveux noir de jais, à la peau tannée par le soleil, et à l’accent anglais goût paëlla nous réceptionne à la fin du chemin.
Nous osons demander d’où vient ce petit accent qui trainaille sans trop se cacher et qui pimente son anglais.
A notre surprise :
-« De Belgique.
(…)
-Ah mais je suis originaire du Chili. »
C’est plus clair.

Assise sur un bord de trottoir, m’appliquant à écrire en grosses lettre vertes QUEENST—, qu’une voiture s’arrête. Le nom de ma ville est estropié. Je n’ai pas eu le temps de le finir que Brandon, un San-Franciscain nous saisit au vol. Il voyage. Inde, Bouthan, Japon … Il a une voix d’un gentillesse un peu trop extreme pour que cela nous ramollisse pas le cerveau. Il pourrait faire des cassettes de relaxation ou diriger une secte… selon son égo.

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Nous laissant avec mes rêveries sur le Japon nous voilà à Frankton à la frontière de Queenstown la sportive, bifurcation qu’il nous faut prendre pour nous rendre au mythique Milford Sound.
Tout le monde en parle.
Tout le monde.
Il faut.
Je, tu, il, doi(s-t) y aller.
J’avoue ne pas me faire trop d’illusion à son sujet mais après ces randonnées sacs au dos, nous laisser nous faire transporter comme des touristes pendant une croisière nous séduit.
Il est temps de trouver un lieu pour la nuit, mais nous sommes encore en ville, planter la tente -orange- n’est pas d’une grande discrétion.

La bonne étoile ne nous regarde pas cette fois là pour le stop.
Là encore une heure et demie.
Après un pont au dessus duquel nous avions imaginé…ah non, il n’y pas de berges, un couple arrivant à sens inverse nous propose de revenir dans dix minutes pour nous prendre si nous ne sommes pas plus chanceux.
Nous ne le sommes pas.

Ces deux irlandais roublards en vacances, faisaient des allers-retours sur ce bout de route :
-« parce-que vraiment c’est trop beau. »
Lui, lâchait le volant des deux mains pour prendre sa photo par la fenêtre.
Nous trouvons une aire de repos et nous commençons à nous parer pour la nuit gardant un oeil sur les montagnes enneigées qui n’ont pas pourtant l’air d’être très hautes.

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La nuit sera froide.

Nous installons la couverture de survie sous la tente pour l’isoler de l’humidité du sol, je fabrique un matelas avec nos manteaux et nos serviettes pour Greg et pour ma part je testerais « je vide mon sac et le garde en matelas ». Chose qui fera beaucoup rire ceux que nous rencontrerons mais qui s’avèrera très efficace pour moi. L’essentiel est dans la débrouille.

Deux minutes à attendre au matin. Encore une discussion inutile, à savoir est-ce une bonne place pour faire du stop.
Une voiture se gare en catastrophe, alors qu’il pouvait le faire en sécurité sur l’aire de repos.
-« Ces sommets ne devraient pas être comme cela. C’est un temps de mois d’avril que vous avez là. Un temps hiver. Il fait 7°C à cette heure là, cette nuit ça a du descendre à 3. »
Les mauvaises nuits ont toujours une explication rationnelle.

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L’homme ne décroche pas un sourire, c’est un pince sans rire, un homme qui juge beaucoup. On lui parle de notre voyage :
-« Un an et demi en Australie et trois mois en Nouvelle Zélande ? Vous avez tout faux. »
On aimerait que ce soit une plaisanterie mais c’est difficile à penser.
On lui offre un café dans un bar-gallery au milieu de nulle part.

Te Anau.
Nous y sommes.
Heureux de quitter la voiture de cet homme, le climat était trop lourd.

Nous nous renseignons sur les croisières. Nous optons pour Go Orange (il mérite ma petite publicité). La femme de la compagnie nous renseigne sur ses prestations mais aussi sur les randonnées aux alentours, sur la route qui nous mène à Milford, le sourire au beau fixe quand elle apprend que nous sommes autostoppeurs, elle nous conseille étonnement :
– « Ne montez jamais avec des asiatiques. »

Première voiture, une seconde.
C’est un Tchèque qui nous cueille, au nom surprenant de Kamil. Il vient de la capitale, de Prague. Il nous raconte quand il partait avec ses amis dans les paysages nordistes quand il était jeune:
– » Le coup de la vie était affolant pour nous, un peu près vingt fois celui de notre pays ! Alors on est parti avec un mois de nourriture pour quatre dans la voiture… »
Le temps passe.
Kamil est photographe amateur, un peu astronaute parfois mais un coeur que l’on sent entier. Il aime les gens, les rencontres, les histoires.

La route de 120km qui mène à Milford Sound est connue pour être une des plus belle du pays. Mais ne soyez pas déçu si ,à vous, elle ne vous dit rien de plus qu’une route sympathique. Vous ferez partie des critiques, des gens qui se plaignent pourquoi pas … des gens qui nous ressemblent. La vallée d’Eglinton a son petit charme grâce aux Red Tussock, longues herbes jaunes orangées, qui ondulent au moindre souffle du vent me rappellant Bastien et Falkor d’une histoire sans fin. Une trentaine de kilomètres plus loin, les gens défilent pour se rendre à « Mirror Lakes », un lac, plutôt une sorte de marécage qui en l’absence de vent reflète les montagnes. Evidemment il y avait du vent et j’ai du mal à imaginer qu’avec la petitesse de la surface on y voit quelque chose de renversant. Nous nous arrêtons avant The Divide, départ de notre prochaine randonnée.

Nous sommes aux portes de Milford Sound, à quelques dizaines de kilomètres seulement mais j’ai peur que nous ne puissions pas trouver de voiture pour arriver
demain matin
à 8h30
pour réserver notre croisière.

Je veux celle qui part à neuf heures pour espérer voir les nuages qui font des paysages néozélandais ce qu’ils sont.
A la limite de l’enchantement,
à la limite de l’ésotérisme.
Des paysages qui vous touchent sans explication.
Je veux donner cette chance aux Milford Sound.

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L’AMI DU PETIT DEJEUNER

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TRIBUTE TO CARAMBAR II

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Maori et sculpture (jade et os) Part II

Dans la Tradition, quelles sont les principaux motifs maoris des pendentifs ?

 

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Hei Tiki représentent un homme ou une tête d’homme.

Description :
Les tikis (hei-tiki) sont souvent de sexe masculin. Les bras sont repliés et ramenés vers l’avant, les mains posées sur le ventre. Les jambes sont fléchies et la tête souvent disproportionnée laisse apparaître des yeux immenses. La bouche est parfois très expressive laissant imaginer un cri.

La taille des tiki est variable. On peut trouver à travers le monde polynésien des statuettes ainsi que d’immenses sculptures (l’Île de Pâques).

Symbolique :
Les Hei Tiki symbolisent Tiki, l’ancêtre mi-humain mi-dieu qui fut le premier homme. C’est ce personnage mythique qui engendra les humains.

La tête du tiki symbolise la puissance qu’elle abrite.
Ses yeux expriment le savoir et le pouvoir surnaturel.
Quant à sa bouche étirée, parfois elle tire sa langue ou montre ses dents, afin de marquer le défi et provoquer l’adversaire.

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Toki

Le mot Toki en maori signifie herminette en français. L’herminette est un outil de travail du bois.

Description :
C’est une sorte de hache au tranchant perpendiculaire au manche, qui sert au dégrossissage des ouvrages sculptés, au façonnage de formes galbées et au creusage. Le Toki servait d’ustensile de travail mais pouvait aussi servir d’arme de combat lors des affrontements entre tribus maories.

Symbolique :
Le Toki représente le contrôle, la concentration ou la détermination.

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Disque

Symbolique :
Le cercle a trois significations :
– le cercle de la vie qui n’a ni commencement ni fin, qui n’a pas de faille et dont nous faisons tous partie.
– la relation entre l’artiste et son art. Il combine le rassemblement des énergies de l’artiste c’est-à-dire la tête, les mains et le cœur afin de créer le cercle parfait.
– les étoiles et les planètes qui font partie de la vie et qui contiennent la connaissance de nos origines.

Le cercle ou disque est souvent utilisé pour envelopper d’autres éléments comme le Koru. Dans cette configuration il représente le lien d’amour et de vie nouvelle ou il peut aussi représenter un nouveau départ avec le cercle de la vie.

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Koru

Description :
Le Koru a une forme incurvée: partie essentielle de toutes les conceptions maories même dans leur travail de tatouage. Le koru représente le cœur des fougères qui ont une pousse étroite avec un bout incurvé et qui est le symbole de la Nouvelle-Zélande.

Symbolique :
Le koru symbolise aussi la croissance et la vie. La spirale est un nouveau commencement, une harmonie et la paix de la vie.

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Hameçon – Hei Matau –

C’est une des formes les plus fondamentales et les plus populaires : le crochet de Matau et le poisson de Hei étaient très importants pour le peuple de l’île de la Nouvelle-Zélande. En effet, les maoris dépendaient entièrement de la générosité de la mer pour leurs protéines principales. Les fruits de mer représentaient la richesse de la tribu et étaient un élément important du commerce.

Symbolique :
Il existe plusieurs formes de Hei Matau avec un sens pour chaque représentation.
C’est un signe de respect pour la mer et ses créatures. Il est également porté comme un porte-bonheur pour la protection et la sécurité lors d’un voyage sur l’eau. Il représente aussi la santé, le leadership, la détermination, la force, la fécondité et la prospérité pour le peuple maori.

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Manaia (mon petit préféré)

Description :
Cette étrange figure représente une créature à tête d’oiseau, à corps d’Homme et à queue de poisson.

Symbolique :
Les manaias sont sculptés sous différentes formes selon les tribus. Ils sont souvent représentés avec trois doigts qui symbolisent la naissance, la vie et la mort. Exceptionnellement il peut y avoir un quatrième doigt représentant l’au-delà et décrivant le cercle de la vie.

Les Manaïas sont des anges gardiens, des créatures spirituelles et mythiques chargées de protéger le porteur du pendentif des mauvais esprits. Un manaia représente le messager entre le monde terrestre des mortels et le domaine des esprits et également l’équilibre terre et mer.

Il est le porteur d’une grande énergie spirituelle et est le gardien du bien contre le mal.

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Twist -Pikorua-

C’est un symbole très populaire dans la culture maorie en raison de sa signification spirituel. Il représente la force des liens d’amitié, de loyauté et d’amour qui dureront pour toujours.
Il représente le lien entre deux personnes. Ce lien peut être de l’amitié, de l’amour, ou un lien de sang.
Le symbole Twist représente aussi le chemin entre la vie et l’éternité. Dans ce contexte, il représente le lien éternel qui unit deux personnes et qui ne s’effacera jamais. Il représente l’union de ces deux personnes pour l’éternité.

Double et Triple Twist

Il existe en plus du twist simple (un seul tour) le double (2 tours de vrille) et le triple (3 tours de vrille) twist. Ces motifs plus complexes et beaucoup plus compliqués à sculpter, représentent le lien entre 2 cultures ou 2 peuples plutôt que des individus.

 

Voilà pour un aperçu de l’art traditionnel joaillier chez les maoris … Je sens qu’il y en a beaucoup d’entre vous qui trouvent leurs cous vides désormais …non ?

 

Et je cite mes sources … Pacific.art, wiki, les offices de tourismes, les boutiques de Punamu…

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Maori et sculpture (jade et os) Part I

Voici un petit laius sur le bijoux …C’est mon côté Gonz mais aussi hédoniste qui vous parle …

Maoris et bijoux, une histoire d’âme.

Une sculpture qui aurait été portée par une famille ou les membres d’une tribu pendant de nombreuses générations enfermerait l’esprit de toutes ces personnes et serait considérée comme un véritable trésor : Sa puissance en fait un talisman de grande valeur. Il semblerait que la sculpture qui serait donnée et reçue avec amour se porterait avec respect et contiendrait par la suite en elle la force vitale du porteur.

Ils sont principalement en jade (pounamu), en os de baleine ou encore en bois (pour ce dernier nous vous en parlerons plus lorsque nous serons dans l’île Nord). Chaque forme a une signification, c’est la représentation physique de l’énergie que l’on souhaite à la personne à qui on l’offre.

Les sculptures en jade – pounamu –

Le jade est une pierre gemme très dure employée en ornementation et en joaillerie.
– le jade néphrite composé essentiellement de néphrite, un silicate de calcium et magnésium
– le jade jadéite composé essentiellement de jadéite, un silicate de sodium et aluminium du groupe des pyroxènes, plus dur, plus dense, plus rare et considéré comme plus précieux.

En Nouvelle Zélande, la pierre est recueillie dans les rivières glacières de l’île du sud, où seuls les membres de la tribu maori ont accès.

Le Pounamu est la représentation parfaite du lien qui unit toute une communauté à une terre ancestrale mythologique, «Hawaiki». Chez les Maoris, le Pounamu symbolise la vie et la force, (le «mana») de celui ou de celle qui le possède. Les bijoux en Pounamu sont de véritables «Taonga» (Trésors) que l’on apprécie offrir sous forme de porte bonheur.

Les sculptures en os de baleine

L’océan a toujours été la force dominante pour le peuple maori qui voyagea sur de très grandes distances dans leurs grandes pirogues et qui vécurent des ressources des eaux tropicales. Ils ont toujours eu un grand respect pour les créatures de la mer, en particulier les dauphins et les baleines, animaux emblématiques dans la culture maorie.

Les noms pour les différentes espèces de baleines varient selon les tribus. Un des anciens termes pour les baleines était « ika moana» – poissons de la mer. Ils faisaient partie de la famille connue sous le nom «Puha whanau te » – la famille d’animaux qui expulsent l’air. Alors que «tohorā» (ou tohoraha) est considéré comme un terme générique pour «baleines», il se réfère également à la baleine franche australe.

Les Maoris ont un lien très fort depuis toujours avec les baleines. Bien que les baleines fournissent vivres et ustensiles, elles figurent également dans les traditions tribales maories et sont considérées comme les gardiennes du voyage des ancêtres jusqu’à Aotearoa.

La baleine avec sa grande taille et son intelligence a joué un rôle important dans la culture du peuple maori. Elles sont souvent représentées comme un exemple de l’amour dans une famille avec la mère et ses enfants toujours l’un contre l’autre à se toucher à la moindre occasion.

Les baleines échouées sur les plages ont été conservées et considérées comme un cadeau des dieux. Elles sont particulièrement prisées pour les os qui, après plusieurs années de maturation ont été utilisés pour faire des outils, des bijoux d’ornement et des objets d’art, souvent transmis de génération en génération. Les maoris n’utilisaient pas les os de baleines chassés par les européens car celles-ci n’étaient pas offertes par les dieux.

Sur une période assez longue, la sculpture ou le pendentif absorbe les huiles de votre peau et change de couleur. Pour les Maoris ce changement signifie que votre essence, votre spiritualité a été capturée dans la sculpture ou le pendentif. Il est de coutume de porter le pendentif avant de l’offrir à quelqu’un afin de capturer une partie de votre essence.

A l’origine les pendentifs ont été gravés sur des os de baleine, mais aujourd’hui, l’os de bovin est le matériau le plus couramment utilisé.

Comme sur cette beauté crée par PaulZ (Paul Gyde) qui représente le ciel et la terre personnifiés dans le récit de la création maori par un homme (à droite) et une femme (à gauche) que l’on reconnait grâce à leurs tatouages.

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Le crâne rasé de près

Petra est grande, le crâne rasé de près si ce n’est sa mèche bouclée qui moutonne doucement sur son front, toisant ses yeux bleus.

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Elle travaille dans les ordinateurs.Les grands esprits geeks se rencontrent comme le veut le proverbe.

C’est son premier grand voyage. Elle est là en Working Holiday Visa, comme nous en Australie mais ne veut pas travailler. Elle veut un an de vacances total. Ce qui lui pose une vraie question existentielle :
-« Comment vais-je m’occuper pendant un an ? »
Elle a déjà lu quatre-vingt bouquins en trois mois.
Nous ne sommes pas dans la même optique de voyage. Elle a son GPS quand elle part en randonnée même si le chemin est d’une clarté quasi insultante et une application pour vérifier le niveau avant de garer son van.
Personne n’aime dormir penché.
Nous passons d’agréables moments malgré nos quelques incompréhensions mutuelles.
Un soir voilà que je pars explorer cette marée basse que j’aime tant. Il me prend l’envie d’aller aux nouveaux bords de cette plage.
C’est loin.
C’est un peu compliqué aussi avec ces cours d’eaux vestiges de la mer retirée qu’il faut contourner. Ces jeunes coquillages que je veux laisser grandir qui me font faire un détour immense pour que mes pieds foulent un sol sans vie.
Je me plais à marcher longtemps sur le fond de l’océan qui semble désormais endormi. Les algues sont allongées, figées dans le dernier mouvement d’une vague. Dans de petits trous d’eau de fortune elles ont emprisonné des centaines de bulles d’air comme autant de perles à donner en tribut à la lune pour que la mer leur revienne.
Les minutes se sont égrainées sans moi.
Pendant ce temps Greg a lancé tel un pionnier à la douce Petra :
-« Je serai de retour avant la nuit. » Et est parti en quête insensée d’eau douce pour abreuver les siens… en l’occurrence la sienne. Quatre litres d’eau s’évaporent vite… c’est peu pour deux quand on cuisine et que l’on n’a aucune certitude de dormir dans un endroit qui en possédera.
Petra se retrouve seule. Les deux oiseaux rares sont partis en exploration.

Quand nous revenons, l’allemande a déjà mangé de peur que nous ne revenions jamais. Nos imprécisions la déroutent un peu et notre humour encore plus, mais c’est une fille au sourire charmant et accessoirement aux pâtes bolognaises délicieuses.

Nous apprécions de partager un bout de chemin avec d’autres voyageurs.

Nous retrouvons la voie du pouce. Un kiwi aux moustaches soignées des aviateurs d’antan, qui a longtemps travaillé dans les chantiers miniers de Nouvelle Calédonie s’arrête pour nous. Il faut dire que je ressemble à sa nièce. Et on ne laisse pas sa nièce sur un bord de route.
Il parle :
– « um peu le fracé. »

La musique aux accents des îles détonne dans son tout-terrain rutilant. Son sourire nous accompagne encore quand il nous dépose dans la ville trop touristique et frelatée de Motueka. Trois rencontres dans des lieux différents nous incitent à quitter la place dès que possible. Pour remettre un peu d’humanité dans cette ville égocentrique, nous tendons à deux saltimbanques-voyageurs de la brioche et du chocolat. Offrez des douceurs à des porteurs de sacs à dos, vous verrez la lueur des noëls oubliés dans leurs yeux.

Puis nous reprenons la route, aidés par un jeune rêveur divisé entre les métiers de la construction en début de semaine pour rassurer ses parents et sa petite entreprise croissante de communication visuelle le reste de la semaine. Touchant, il était heureux de partager sa joie d’un contrat tombé du ciel avec le département de conservation pour faire un film autour d’Abel Tasman. Filmer la faune de ses abords, otaries, lions de mer…

Il nous laisse à Richmond.
– « Réalisez vos rêves ».
Sa petite voiture banche disparait au rond point.
Sur ces paroles encore suspendues, nous retrouvons la maison de Ian et Teresa, nos anges-kiwis.
Ils ne sont pas là mais ont laissé un mot sur la porte pour nous :
« Greg et Sarah, Nous avons dû partir pour une course. La maison est ouverte, faites comme chez vous. Prenez une douche, installez-vous dans votre chambre. A tout à l’heure. »
On a beaucoup ri à la vue d’un mot qui précise « personne n’est là, la maison est ouverte, servez-vous. »
Ian nous précise :
-« Ce n’était pas pour n’importe qui, j’avais indiqué vos noms ! »
C’est irréfutable.
Teresa nous avait préparé un dîner de gala… comme pour des amis qui reviennent à la maison. Elle a un sens du détail dans l’hospitalité qui dépasse tout ce que j’ai pu voir jusqu’à présent.

Nous apprenons que Ian a son potager. Des citrouilles, des tomates, des potirons… Et, chose plus étonnante, il cultive aussi les papillons. Une espèce bien particulière de papillon géant en voie de disparition. La chambre d’ami de ce butterfly est dans le salon, devant le canapé. Les chenilles tubulaires noires et jaunes vont et viennent, s’engraissant au passage de feuilles charnues. Plus tard, ils feront des chrysalides comme tous les autres… Mais ce sera sûrement sous la chaise ou au plafond de ce salon rempli d’histoires.

Puis ils s’envoleront.

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Nous partons avec eux.

Mais nous reviendrons encore une dernière fois pour revoir ces étonnants personnages aux coeurs qui débordent de toutes parts, et nous partagerons une partie de pêche en pleine mer comme nous en rêvons depuis plus d’un an.
Cette fois-ci encore nous ne nous dirons pas adieu mais « à plus tard », en France. Ils prévoient de partir habiter pour un temps en Italie.

Nous prendrons soin d’eux comme ils ont pris soin de nous.

 

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Des baleines et des hommes

Au dernier camping nous retrouvons, étonnamment, Petra, une allemande au van aquatique. Côté pile, une baleine, côté face une langouste dans une cascade de bulles. Etonnamment, puisqu’elle nous avait pris sur dix kilomètres avant Abel Tasman et nous avions discuté de nos programmes. Elle n’en avait pas mais avait appris les nôtres… elle connaissait nos lieux et dates de sortie du parc.
Et la voici.
Au bout d’une route non-bitumée, sinueuse, incertaine, et qui ne mène nul part ailleurs qu’à ce camping comme par enchantement. Elle n’est nullement surprise de nous voir.
Nous… un peu plus.

Elle ne se sent pas rassurée de voyager seule. Nous lui avions donc proposé de partager cette marche avec nous, la tente même si le souci était vraiment son absence d’équipement. Et pourquoi pas, après le parc, cette langue de plage qui finit la côte nord-ouest de l’ile sud comme une parenthèse : Golden Bay.
-« Le plus beau lieu de Nouvelle Zélande. » Nous avait assuré un local. « Vous êtes obligés d’y aller. »
Nous supposons donc qu’elle a réfléchi et a trouvé le deal intéressant. Elle se trouvait là, dans ce camping isolé, dans un hasard provoqué à peine masqué, mais jamais avoué.
Nous avons donc une voiture qui est venue nous chercher à la fin de notre randonnée.

Golden Bay…
n’est pas passionnante. Nous nous dirigeons à sa pointe nord, à la géographie atypique et dangereuse : Farewell Spit.
La langue de sable longue de plus de trente-cinq kilomètres piège une centaine de baleines par an durant leur migration.
Ça se passe en janvier-février.
Le plus souvent, ce sont des baleines pilotes, mi-baleines, mi-dauphins.
Parfois des mammifères plus gros -des cachalots- s’y perdent aussi.

Les baleines pilotes mâles peuvent mesurer près de six mètres pour un poids de trois tonnes, tandis que les femelles font jusqu’à 5 mètres pour 1 tonne et demi. Vous vous dites sûrement qu’elles sont très mauvaises pilotes vu qu’elles arrivent à s’échouer par dizaines… Le nom vient du fait qu’on les voit fréquemment dans le sillage des navires. Malheureusement c’est un animal social qui se déplace le plus souvent en bandes pouvant aller d’une dizaine à plusieurs centaines d’individus…C’est rare qu’une baleine pilote s’échoue seule.

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Les scientifiques restent perplexes quant aux raisons.

« maladies, parasites, conditions météorologiques, marées extrêmes, ressources alimentaires, prédateurs, pollutions … ? Dans tous les cas, les scientifiques évoquent de plus en plus les facteurs humains. En effet, les bruits sous-marins créés par nos activités ont considérablement augmentés : transport maritime commercial, sonars, explorations sismiques [1] réalisées par l’industrie pétrolière et gazière, constructions off-shores et activités de loisirs contribuent à créer un environnement qui désoriente de plus en plus les cétacés. Or, les baleines, dauphins, marsouins et certains autres cétacés se fient uniquement aux bruits sous-marins pour leurs navigations, leurs communications et pour leurs alimentations. L’augmentation de cette pollution sonore peut provoquer des modifications du comportement des cétacés, par exemple l’abandon des zones de mise bas et de nourrissage, et dans certains cas extrêmes l’échouage, voire la mort. »
(Source :http://www.notre-planete.info/actualites/actu_3240_baleines-pilotes_echouage.php)

Il y a bien sur la théorie des Aliens … Il y en a toujours une.
Les spécialistes locaux s’accordent à évoquer simplement la géographie de cette bande de sable, longue et étirée en forme d’hameçon sur des kilomètres.

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Des volontaires accompagnés de spécialistes viennent dans l’espoir un peu fou de les aider à se remettre à flots. Patienter jusqu’à la prochaine marée haute, creusant des passages, construisant des digues ou simplement couvrant les baleines de draps humides pour qu’elles survivent.
Ce volontariat est émotionnellement très difficile.

Lorsqu’elles sont hors de l’eau, elles souffrent du soleil, et leur peau se détache d’elle même.
Certains récits racontent les familles entières s’appelant sur le sable. La mère essaie d’envoyer le lait à son bébé, le propulsant jusqu’à deux mètres mais le baleineau pleure toujours.

On essaie de remettre à la mer les plus petites mais pour les plus grosses … ce n’est pas évident. Les baleines découvrent leurs poids en quittant la vie en apesanteur des océans. La gravité s’attaque à leur rappeler en écrasant leurs organes internes, doucement.
Plus d’une tonne hors de l’eau.

Aujourd’hui la plage est calme, seuls quelques cygnes noirs se déplacent lentement sur les flots miroirs. Nous voyons cette longue baie sablonneuse qui n’en finit pas. La mer est trouble et largement approvisionnée en algues. Mais Petra voulait faire la plus longue marche alors nous avons obtempéré. Après avoir longés interminablement la plage monotone, nous traversons la baie.

Et je suis séduite.

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Le vert-vif des herbes détonne avec la blancheur puissante du sable sous un ciel bleu drainé de nuages duveteux. Des dunes ondulent à perte de vue. Le vent façonne des paysages irréels avec violence découvrant un sable gris.

Les centaines d’huitriers rendent vivant ce lieu ponctuant le paysage de leur bec orange.

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Puis nous rejoignons l’autre côté de la baie… de nouveau ennuyeuse et interminable.

Nous plongeons dans les flots pures de la source de Takaka où des esprits somnolent toujours

source takaka
Les quelques jours avec l’attachante Petra se terminent.

 

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