KAVA-STROPHE

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Kava

La famille a pris également pour habitude de nous nourrir, peu importe l’heure, peu importe si nous avons déjà mangé ou non, peu importe s’ils ont déjà mangé ou non. Il prépare des assiettes bien remplies pour les enfants adoptés.
La famille n’a pas grand-chose mais donne tout. J’avais lu un jour que le premier geste d’amour, de fraternité à travers les siècles, est de donner à manger. En effet, nous retrouvons cela chez la mère qui donne à son enfant, chez l’homme qui part chasser et où tout simplement aujourd’hui à chaque partage, dans chaque « mama » qui veut que tu te resserves. Et le Vanuatu est particulièrement prodigue dans cette notion d’amour, c’est un acte de fraternité, et d’hospitalité. Même si vous êtes timide, ne refusez pas ce que l’on vous propose de goûter, de partager. C’est un honneur et un signe d’affection. Pour du riz et du poulet ce serait dommage de les vexer… non ?

poulet

Greg, comme à son habitude, a agrandi son immense fan club. Il est servi comme le fils unique d’une famille chrétienne sicilienne. Ce n’est évidemment pas pour lui déplaire. On lui déniche même du vin de France, un charmant Merlot acheté pour ses beaux yeux, on lui fait goûter chaque soir une bière ni-van différente… Monsieur pourrait être roi, il a déjà tous les courtisans. Monsieur pourrait être Claude François, les Claudettes rempliraient le Stade de France et leurs maris attendraient Greg à la sortie pour l’emmener boire une bière. Car il est comme ça Grégory, il séduit les « ils » et les « elles ».
C’est parfois un peu déroutant pour les animaux solitaires. Mais il faut s’y faire et les situations, les portes qu’il ouvre sont propices à mon œil de curieuse qui observe et aime en silence.

 

perroquet

Un soir, à notre désormais quotidienne sortie chez nos voisins et amis, nous boirons décidément trop de Kava qui nous détruira l’esprit et le corps qui contiennent l’un et l’autre Raison et Estomac.
Ah le Kava… ceux qui y ont goûté ont un regain de salive rien qu’à la lecture de ce mot en souvenir d’une bouche sèche, pâteuse et peut être un estomac qui révise ses nœuds marins en hommage aux hauts le cœur que cette étrange ex-boisson cérémoniale peut donner aux fragiles buveurs de vins, de bières ou mêmes d’alcools forts que nous sommes…
On vous tend un bol où sûrement d’autres ont déjà bu avant vous.

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(image web)

L’aspect de ce qu’il contient est celui d’une eau sale, terreuse. Son goût est inimitable, horriblement amer. Et en bouche cette sensation se confirme, c’est l’eau d’une flaque non filtrée avec ses quelques particules en suspension. Oui, ne faites pas comme les débutants : ne dégustez pas, buvez cul sec et serrez les dents.
Le kava préparé dans les Nakamals était autrefois (et encore très puissamment dans certaines îles), une boisson réservée aux chefs de village et aux personnes méritantes.

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(image web)

Si vous l’avez goûtée en Nouvelle Calédonie, la consommation de celle-ci est récente et a commencé à être importée après l’indépendance du Vanuatu. Le Kava du Vanuatu est réputé pour être bien plus fort que celui de Nouvelle Calédonie.
Le Kava (ne pas confondre avec notre sympathique Kawa), est une boisson faite à base de plantes. Non ce n’est pas vraiment une tisane. On prend les rhizomes, on les broie, on y extrait un jus qu’on mélange avec de l’eau.
Et hop dans le gosier.
La plante du Kava pousse dans peu d’endroits. Au Vanuatu, à Wallis et Futuna et dans quelques autres îles.
Selon Wiki, « le rhizome du kava possède des propriétés anesthésiantes, myorelaxantes, stimulantes et euphorisantes ; un effet antidépresseur a été mis en évidence récemment. Le kava est aussi un diurétique. Il est hypnotique à fortes doses. »
Tout est dit.
Traditionnellement,
On ne peut le boire qu’à la tombée du jour.
Traditionnellement,
On le boit dans un bol.
Traditionnellement,
On ne trinque pas.
Traditionnellement,
On ne parle pas dès qu’on a bu.
Traditionnellement,
On crache à la fin. (Sûrement un mécanisme de défense naturelle du corps contre cette amertume…)
Chaque île, chaque village a ses coutumes liées au Kava. Cela peut aller de la préparation: certains le mâchent jusqu’à le réduire en bouillie; à la consommation : lorsque les hommes ont bu le Kava la personne qui veut quitter le cercle prend un morceau de bois rougie par le feu et le laisse traîner derrière lui et disparaît dans la nuit.

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(image web)

Cette soirée-là, nous passons de nakamal en nakamal, nous empruntons des escaliers, nous passons dans des jardins en suivant Sophie, la fille de Philippe.
Nous saluons, nous buvons.
Les gens essaient de nous parler mais l’effet de cette mixture se fait sentir et nous devons dépenser toute notre concentration pour ne pas laisser paraître le dégoût qui commence à trouver le chemin inverse de notre estomac.
La lumière… absente nous y aide. Il parait que c’est un des effets du Kava… la sensibilité à la lumière, alors les nakamals restent plongés dans la pénombre.
Le corps réagit avant l’esprit, qui soi-disant, doit se relaxer. Je commence à moins saisir les choses sans pour autant me sentir détendue… Le kava ne marche pas vraiment sur moi.
Il est tard, nous quittons ce lieu que ma tête fait tourner. Greg n’est pas mieux mais il semble chargé à 400 volts .
-« Je ne peux pas me coucher, je peux pas, je peux pas… je vais prendre l’air. ».
– « Moi je peux. Reste dans le jardin, ne sors pas sans moi et bonne nuit. »
Il tombe sur de nouveaux amis. Deux Australiens qui ont découvert comme moi cette guesthouse sur Internet.
Elle. Elle est large et elle parle. Beaucoup. Trop.
Mais elle en a à raconter. Des histoires drôles elle en a. Beaucoup. Trop.
Des avis sur tout et rien, elle en a. Beaucoup. Trop.
Chaque poussière que tu jettes à la mer est un rafiot sur lequel elle se jette.
Voyage, nourriture, nationalité, construction, boissons… Il y a comme un puits sans fond de parole chez cette femme qui me dépasse. Que j’admire aussi. Un peu. Est-il possible d’avoir autant de conversation ? J’en suis incapable et rien que d’y penser, cela me vide de toute mon énergie. Pourtant de l’énergie j’en ai, mais pas pour cela.
Son mari, mi-sec mi-ventre à bière, à la démarche aux tongs traînantes n’est pas en reste non plus. Je connais ses kilos perdus, son ami Edward comme si j’étais partie pêcher, boire et rigoler avec lui. Peut-être pourrais-je croiser ce fameux Edward dans la rue et lui dire
-« Ah Edward, c’est vous. Non taisez-vous. Je connais déjà tout. Petit coquin va ! »
Les deux parlent argent. Beaucoup. Trop. Mais c’est aussi une marque de fabrique australienne à laquelle on ne peut pas grand-chose.
Quand nos deux colocataires sont dans le couloir entre la chambre et la cuisine et que tu veux juste aller chercher un objet oublié, c’est une épopée. Un parcours, un jeu dont je me sors très bien et où, étonnamment, Greg est souvent game over. Ce soir-là, il est revenu à deux heures du matin.
Ne sachant pas l’heure, j’entame la conversation.
C’est alors que Greg s’endort.
Notre bateau pour Santo est dans deux jours. Demain, nous quitterons la capitale le temps d’une journée pour y découvrir le village de Mélé, le plus grand du Vanuatu.

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Nakamal

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A la suite du musée, nous nous dirigeons vers le chef nakamal mais d’abord … nakamal c’est quoi ?
Littéralement « la maison des hommes » et donc interdit aux femmes.
Traditionnellement le Nakamal est un endroit socialement très important au Vanuatu, c’est là que les hommes prennent les décisions. C’est là qu’on reçoit les personnes influentes, qu’on y scelle des alliances, des réconciliations autour d’une boisson que l’on nomme Kava dont je vous parlerai plus tard.
Avec l’évolution des mœurs, sur certaines îles, le nakamal est surtout le lieu où l’on boit le kava. C’est donc plus une sorte de bar, où même les femmes peuvent se rendre. Aujourd’hui, tout le monde peut ouvrir un nakamal, et lorsqu’on se promène la nuit par les rues et les chemins, une lumière de couleur indique la présence de ces derniers, peignant ainsi la rue en pointillés.

bleu

rouge

Notre premier Nakamal était celui des Chefs, un grand bâtiment tressé vert et rouge. Nous n’avons pas osé entrer, mais le soir même on nous a dit que si on posait la question, on pourrait y entrer sans problème. Vous comprenez ici qu’il coexiste deux sortes de Nakamal, les anciens, emprunts de traditions et les nouveaux beaucoup plus libertaires. Celui-ci est un ancien.

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Le chemin qui longe le terrain du nakamal est peu plaisant. Les arbres sont lourds de fruits, de gros pamplemousses verts comme le Vanuatu sait si bien les faire. Mais dans ces d’arbres, des habitantes à huit pattes, énormes, monstrueuses et nombreuses.
Ces araignées ont un c** qui se veut pamplemousse, elles aussi. Vert, de belle taille et je n’en doute pas juteux. Elles ponctuent la route, décorent les arbres et semblent habiter dans le ciel… Il paraît qu’elles peuvent vivre sous tous les autres arbres fruitiers mais personnellement d’aussi beaux morceaux je n’en ai vu que sur les pamplemoussiers.

pamplemousse

araignée2

araignée1

 

Le hasard nous fait flirter avec la France. Au coin d’une rue, un Leader Price pointe son nez. Greg se sent la température à prendre une boisson fraîche, il est difficile à croire que quelques jours plus tôt nous étions en Nouvelle-Zélande avec 20 degrés de moins à bénir toute source de chaleur : le gobelet du café le matin, le moteur qui fait chauffer les grilles à poulet dans les supermarchés… Toutes formes.
Nous passons les portes automatiques du lieu plutôt familier. Des jus de goyave, de papaye nous accueillent, nous ne sommes pas surpris. Et là, au détour des rayons, des conserves de taille européenne que nous appelons simplement en France, familiales. Le contenu nous interpelle… Cassoulet à la graisse d’oie, saucisses lentilles, confit de canard… Nous en rêvions à chaque pas que nous faisions en Nouvelle-Zélande et sur la fin de l’Australie. Et maintenant elles sont là, devant nous…
Et étonnamment nous n’en prenons pas.
Et étonnamment même si cela nous plaît et nous amuse de les savoirs là, elles ne nous tentent pas. La chaleur peut-être mais aussi le bonheur d’avoir découvert une autre alimentation ici. Des fruits et des légumes en cascade, des saveurs nouvelles, des expériences gustatives surprenantes et délicieuses.
Nous disons NON au cassoulet mais si on se trouvait un petit Tuluk au bœuf braisé, manioc, nous ne le refuserions pas. Après avoir jeté un petit coup d’œil au pâté et au saucisson sec, nous quittons le lieu.
Nous cherchons à partir sur les îles en bateau. Car oui contrairement à tout ce que nous pouvons lire, les liaisons en bateau existent mais ce sont principalement les locaux qui les prennent. Une des raisons est simple : elles sont juste déconseillées aux touristes.
Nous le comprendrons plus tard.
Nous avons pour projet de partir tout de suite sur l’île volcanique de Tanna. La compagnie qui proposait ce transport a deux bateaux, l’un est déjà en mer et ne revient pas avant deux semaines et l’autre est en panne. Nous cherchons des informations sur les autres compagnies qui vont à Tana. Nous sommes actuellement au milieu de l’archipel sur Efate et Tanna est une île au sud. À l’office de tourisme, lorsque nous demandons les bateaux qui partent à Tana. La discussion s’enlise avec la charmante femme de l’office, elle affirme :
-« Il n’y a que des avions qui partent sur Tana. »
– « Non. »
-« Si. »
-« Il y a pourtant le Toraken qui y va. »
-« Oui, le Toraken y va. »
-« Y en a-t-il d’autres ? »
– « Oui, il y en a d’autres. »
– « Lesquelles ?
-« Je ne peux pas le dire. »
-« Pourquoi ? »
-« Les bateaux sont pour les locaux, on ne conseille pas les bateaux. Pour les touristes il y a des avions. »
Autant prendre une tenaille et lui arracher directement les mots qui ne veulent pas sortir de sa bouche …
-« Nous voulons prendre un bateau dites-nous simplement quelle compagnie fait le trajet. »
– « Je ne peux pas le dire, les bateaux sont pour les locaux. »
Bon, merci de votre absence d’aide nous allons nous débrouiller.
Voilà pourquoi on entend très souvent qu’il n’y a pas de liaison maritime entre les îles.
Au Vanuatu, les informations sont difficiles à trouver. Il n’y a aucune véritable raison à ne pas prendre le bateau. Spécialement pour se rendre au nord d’Efate où la mer est plus calme qu’au Sud.
Nous décidons d’attendre que notre bateau pour Tana soit réparé et planifions de nous rendre sur l’île de Santo.
Les soirs s’enchaînent dans notre famille d’adoption.

sophieweb

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