Frêle esquive

La nuit, il me semble entendre de la musique.
Je tends l’oreille
Plus rien.
Les moustiques qui se baladent allègrement de l’absence de vitre de la fenêtre à nos oreilles, parviennent à peine à nous réveiller.
Nous comprendrons plus tard qu’il s’agissait de l’horloge à coucou de notre mamie, qui chantonne une mélodie différente toutes les heures.

Il est à peine six heures du matin.
J’entends qu’on tond, qu’on coupe et une radio qui s’époumone sur ses vieilles piles.
Oui dans les villages les gens se lèvent tôt.
Il est 6h30. Notre hôte se moque de nous :
-« Et bien vous avez fait une grasse mat ? »
Nos yeux clignotent comme pour faire comprendre en morse que le café c’est avant les blagues. Il nous apporte du pain frais.
Y a-t-il un boulanger sur l’île ?

Je mets un pied dehors… de petites voix enfantines s’élèvent dans la fraîcheur matinale. Comment ne pas être séduite par la simplicité d’un tel matin ?

Nous partageons les fruits que nous avons pris au marché. De l’avocat. Ses yeux s’illuminent.
-« Je peux en prendre ? »
-« C’est fait pour. »
Et avec une gourmandise pécheresse qu’il saura se faire pardonner avec quelques prières, il l’étale sur son pain.
« – C’est le beurre de chez nous ! »
Oh oui. L’avocat est délicieux juste sur du pain.
« -Je…je peux garder le noyau ? Cela pousse très bien »
J’acquiesce, je n’y vois pas d’inconvénient. Cela me rappelle quand j’étais gamine et que j’essayais de les faire pousser au fond du jardin. Je n’ai jamais réussi.
« – Mais comment les faites-vous pousser ? »
Il jette le noyau dans la terre et attend trois mois.
Je suis un peu vexée.
Mais c’était avant d’entendre parler des semences F1 qui rend les graines stériles. Vendu en Occident. Concocté par Monsanto. L’obsolescence programmée du vivant. Le commerce et la nature ne font pas bon ménage.
Il nous apporte son ordinateur portable pour nous montrer des vidéos de son association et nous fait visiter les lieux. Les maisons, le coin du boulanger, son frère, les douches qui sont cachées par des paravents de palmiers… et le cimetière, au cœur du village. La tombe la plus proche de la maison est celle de sa femme.
La petite Poly est donc orpheline de mère.
La gosse aime lire, beaucoup, mais il n y a pas de bibliothèque ici et elle ne possède pas de livre. Elle a douze ans finalement. Et le seul livre que nous avons en anglais dans notre sac est « Frankenstein »
Un peu jeune non ? On demande au père. Il a l’air à un milliard d’années de penser que cela peut l’affecter.
Elle est heureuse.
Elle commence à apprendre le français. La fête des mères approchant, elle a écrit un poème pour la sienne, qu’elle aimerait que l’on traduise. Elle et moi. Je passe du temps avec elle. Elle aime le dessin.
-« Tu as déjà essayé la peinture ? »
On n’en trouve pas sur l’île. Je réfléchis qu’il est même difficile d’en trouver à Efaté. Je me sens un peu bête.
Les journées s’étirent. Douces et préservées.

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On se dit qu’ils ont tout compris. Ils sont d’un accueil et d’une générosité sans pareil. Ils sont simples, vivent humblement. Ne perdent pas les liens de la famille malgré les kilomètres. Et Dieu sait que les kilomètres n’ont pas le même poids ici.
Nous leur proposons de cuisiner pour eux.
Avec les moyens du bord dans le four à pain du boulanger, nous ferons des pizzas.

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pain

Nous repartons sur l’île de Santo le lendemain pour que nos pizzas n’aient pas que de la pâte pour seul apparat. Nous en profiterons pour vivre notre finale de foot. Bon okay, ça se passe en Nouvelle Zélande, mais on est quand même dans la deuxième plus grande ville du Vanuatu, on va bien trouver une télé qui rediffuse le match, non ?
De retour sur l’île principale, on a un peu de temps, on déambule. On rencontre un pêcheur qui nous raconte que c’est sur des embarcations comme la sienne qu’on rejoignait les îles. Ça se fait toujours.
On se regarde Greg et moi…
Rapidement, une claque de raison, un instinct de survie nous permet de continuer la conversation, libre de toutes pensées stupides de ce genre.

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L’heure de la grande finale arrive…Nous partons en quête, confiants après que Greg ait satisfait ses instincts primaux à la pâte de manioc en avalant un Lap Lap*.

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Lap Lap* plat à base de manioc

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LE SILENCE EST D’OR

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