ANZAC Day

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25 avril. Il y a un an nous célébrions l’Anzac Day  dans le Western Australia, dans la petite bourgade tranquille de Tom Price. Aujourd’hui, nous sommes à Taupo la sportive.
(Anzac Day : commémoration de l’engagement Australien et Néo-Zélandais, pendant, entre autres, les deux grandes guerres.)

10h00
Nous attendons, curieux d’un souvenir revisité à la manière kiwi.
Nous apprécions toujours ce moment ensemble. Et on ressent que notre présence est vraiment importante pour les gens d’ici.

Le lever de drapeau se fait dans une ambiance solennelle. Les anciens du premier rang papotent en cadrant le chef d’orchestre concentré.

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C’est un prêtre qui officie. Cette marque de religion me surprend.
Des discours, des prières, des chants, les hymnes.

Fin de la cérémonie.

Nous cherchons le RSA, un club pour retraités ou non de l’armée, rien de tel pour continuer cette journée de commémoration. Greg arrête donc un petit bout de militaire au nom -si nous l’avons bien saisi- de Marie Clarisse.

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Elle nous l’indique puis remonte dans le bus avec ses camarades…

On aurait pu facilement le trouver en fait. Il suffisait de suivre un petit détachement au pas. Le RSA est bondé. Surtout au bar. On trouve une table, on s’installe. Notre présence se justifie par notre écharpe offerte par notre maman Australienne, Birdy, couverte de poppies -de coquelicots- symboles de ce jour.

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(dédicace à Birdy)

Tiens ! Une femme passe avec des plateaux remplis de gâteaux au chocolat, une autre avec des sandwichs. Après le discours d’honneur, c’est buffet à volonté.

Nous sirotions une bière quand Marie Clarisse :
– Qu’est-ce que je vous offre ?

Son amie et elle passent la fin d’après-midi avec nous, narrant les exercices pour devenir un vrai soldat : porter un sac de 45kgs (on est vraiment des fillettes avec nos 17kgs), ramper avec, creuser des trous de la taille d’une tombe pour y dormir …

Ca ne nous fait pas rêver.

Nous passons encore de délicieux moments en ce jour d’Anzac Day.

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RENCONTRES AU FIL-GURé

Il pleut, oui.

Alors on saisit le temps. On dessine, on gribouille , on coud…

Coudre ? Mais si, regardez, c’est caché dans chacun des dessins, des points de sutures qui relient chaque petite histoire des 40 000 kilomètres parcourus en Terra Australis.

Une pluie qui me permet d’être à l’heure, tout juste pour le concours de l’APAJ.

« Toujours sur le thème du voyage et de la découverte,
notre concours réservé aux moins de 30 ans, parrainé par Erik Orsenna.
Thème de l’année: sur la route et les chemins, à la rencontre des autres…
L’édition 2014 de notre concours a décidé de prendre l’air
pour raconter le monde et ses bouleversements.En France ou à l’étranger.
A pied, au coeur de la jungle, en route vers les sommets,
perdu dans l’immensité des déserts ou des mégapoles…
A travers des voyages intérieurs sur les chemins de la sagesse,
de la spiritualité et de la connaissance de soi…
A vous de tracer la route avec vos mots, vos images et votre musique. »

Alors bienvenue.

Bienvenue dans Rencontres au FILguré
en Terra Australis

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J’aurais pu en remplir d’autres des pages tant riche a été ce voyage.
Merci à toutes ces rencontres qui m’ont inspirées ces traits … Et qui me gravent un sourire niais quand je pense à eux.

 

Début des résultats ?

Concours «Libé»-Apaj: les vingt dessinateurs finalistes

 

 

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COMPTE A RENDRE

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En apesanteur

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Ca y est nous changeons de pays, de culture, de paysages, d’histoires et, nous le vivrons bientôt à nos dépends, de météo (comprenez le ciel ET le thermomètre).

Nous attendons au métro, nous attendons au bus, nous attendons au train de banlieue, puis à l’aéroport pendant notre escale à Sydney.

Dans les airs de Melbourne à Sydney, je me sens nostalgique.
A travers le hublot, les paysages défilent.

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Australie.
Cette terre trop chaude, trop aride, trop ensoleillée, souvent trop désinvolte.
« No worries »… c’est le climat qui veut ça.

Une heure vingt suspendus dans les airs à ce souvenir de ces un an et demi passés sur ce continent surprenant.
Un an et demi, c’est long et c’est court ( » ça dure toujours, on s’en souvient  » ?)
D’incroyables souvenirs. Une vie différente où nous vivions de rien ou pas grand chose mais ayant tout.

Des morceaux d’Australie me reviennent, ils passent comme des notes de musiques laissant place à d’autres. Ils semblent infinis.
Je ne cherche pas à les fixer, à les rendre plus présents, plus réels à mon esprit que ce que la fugacité de la mémoire me les présente.
En bataille, en avalanche, en puzzle éparpillé sur le sol.
Je ne veux pas être triste.
Pourquoi l’être d’un bonheur passé ? Je veux être riche de ces moments, jamais me les rappeler avec tristesse. Je souris juste aux souvenirs que ce vol en apesanteur me renvoie.
Merci Australie pour cette année de Magie.

Sous nos pieds, dans nos têtes, au fond de nos rétines, nous gardons tout. Nous reviendrons peut- être. Pourquoi pas. Nous aurons des gens à retrouver ici.

Puis nous quittons l’Australie… pour de vrai. Un deuxième vol nous emmène de Sydney à Christchurch.
Nouvelle Zélande, île du Sud.

Il n’y a plus que l’océan qui défile à mon hublot. Reliés à mon accoudoir, des écouteurs fournis par la compagnie aérienne, de la musique classique accompagne cet au-revoir.

Le soleil se couche derrière nous… sur l’Australie.
Etrange symbolique.

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Pour une fois, je n’ai rien prévu pour notre arrivée. Rien réservé, pas une chambre, pas un placard, rien. Il faut dire que c’est la première fois que j’enchaine les pays. Il est minuit quand nous arrivons.
–  » Montrez-moi vos chaussures »
– « Puis-je tâter votre cheville droite. »
– « Ah bon, et pourquoi pas la gauche ? »
Pas de réponse.
Le bicarbonate avec lequel je voyage ressemble à s’y méprendre à de la poudre à sniffer mais ne me cause pas d’ennui… étonnement.

Il est déjà une heure et demi du matin quand nous terminons les formalités douanières. 

Nous cherchons à rester à l’aéroport pour la nuit mais ce n’est pas la politique du lieu. Nous trouvons cependant un recoin quelques heures plus tard et la fatigue nous saisit sans broncher.

Nouvelle Zélande …

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Ce n’est qu’un …

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La Mac Laren Vale est séduisante… Des vignobles à perte de vue et des plages aguichantes dès que nous tournons la tête. Il fait un peu froid. Le temps ici est lunatique, inconstant, cyclothymique. J’aime à dire que c’est un temps à français, un temps qui répond à notre besoin légendaire de nous plaindre. Evidemment il est trop chaud, trop froid, trop venteux, trop pluvieux, trop en colère, trop brulant… trop… insupportable. Vous avez cinq minutes entre une nuit glaciale et une journée étouffante pour vous sentir bien. Les températures s’amusent de vous. Quand il fait frais, il fait froid. Quand il fait chaud, l’ombre ne vous suffit plus pour survivre. Et le vent n’est jamais tendre, joueur, il est arrogant et adolescent. Il aime à vous aveugler de sable ou à vous geler les os.

Bref un temps idéal sur ces côtes de rêves. Nous feignantons sur les plages, les essayant toutes.

Enfin nous nous décidons à faire les marchés locaux, les marchés bio. C’est sûr, cette fois-ci, ce sera notre dernier travail alors autant bien le choisir. A la suite d’une de nos promenades parmis les étales, nous sommes invités à recontacter des producteurs lundi. Des ruches, des chèvres qui se prélassent dans l’herbe verte, et des poules qui font librement le tour du propriétaire. Le lieu nous plait.

Mais les saisons n’ont pas encore commencé. Nous repartons. Faisons cent mètres. Ils nous recontactent. -« Réparer les filets qui protègent les fruits, cela vous intéresse ?  » Oui, Monsieur. Tout nous plait.

Nous travaillons avec deux Australiens, chose finalement rare dans les fermes. Ils font… « très australiens », en marcel avec des bras trop gonflés. Ceux-là n’aiment que le meilleur, meilleur café, meilleures bières à un prix complètement inabordable. Cela nous fait quand même plaisir de rencontrer des personnes qui ne jurent pas que sur le café soluble et la XXXX (bière légère).

Notre travail consiste donc à coudre. Soit avec des « flèches » que nous faisons avec des branches d’arbres, soit directement avec de grandes aiguilles quand les trous font plus de 70cms de diamètre. Quand la jointure entre deux filets a lâché, la faille peut atteindre les 6 mètres… C’est long à réparer. Nous protégeons les fruits des volatiles parait-il. Ces beautés emplumées aiment les pommes mûres et sucrées. Il n’y a que des perroquets ici. De superbes oiseaux joueurs bleus-verts-rouges-jaunes. Des gosses. Il faut les voir se pendre aux arbres d’une griffe, se déplacer le long de la branche avec leur bec… Phénomènes ailés.

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(photo prise sur internet)

Peter, un des hommes de la ferme nous fait aussi valoir que nous protégeons les oiseaux avant tout. Il est contre la pratique qui règne dans la ferme, mais il est le seul.
Quand les arbres sont accessibles, les ailés s’infiltrent par dizaines… et sont tirés à la carabine.

On nous a fait revenir sous un des filets où les couleurs étaient déjà au sol. Des dizaines attendaient les fourmis, d’autres attendaient encore que la mort les prennent. Les oiseaux des arbres tout autour s’étaient tuent. Journée de silence. Car il ne faut pas croire que ces oiseaux ont une cervelle de piaf. On en a vu beaucoup en duo, un sous le filet, l’autre dehors essayant de communiquer pour qu’ils se se retrouvent enfin. La lumière du jour éclairait moins et les oiseaux que je porte étaient en berne.

Le travail en lui même n’était pas très compliqué mais nous avons travaillé sous des conditions inédites pour nous. 47°C au thermomètre. Quand ils irriguaient les vergers, l’humidité du sol bouillant remontait pour saturer l’air qui ne circulait pas sous nos filets. Le premier jour nous a mis sur les genoux, car nous n’avions pas assez bu. Les suivants étaient difficiles mais moins étourdissants.

Les pêches jaunes ou blanches à la chaire incroyablement divine nous aidaient à supporter notre condition de stupides jeunes gens effrontés, car bien sûr nous avions le droit si nous ne supportions pas la chaleur de nous arrêter. Mais on aime bien être un peu masochiste de temps en temps. Surtout quand on sait que c’est la dernière fois sur ce continent. On voit cela différemment.

Notre patron nous propose du boulot pour trois mois, l’année prochaine. C’est tentant, il sillonne l’Australie pour faire du bouturage. Et si … non. On sait que nous ne reviendrons pas de si tôt. Il nous offre des pistaches faites maison et une bière… locale. La brasserie fait face à sa ferme. Un mode de vie que nous rechercherons en France. 

Nous repartons, direction Melbourne, Birdy y a été mutée et il se trouve que c’est notre ville de départ de l’Australie. Magie des hasards de la vie.

Nous devons vendre Léon.

Nous hésitions à le vendre sur Adelaide puis trouver un autre moyen pour nous rendre à Melbourne. Mais la porte du placard du van nous posait un problème. Quand nous avions rencontré Birdy à Darwin la seconde fois, elle en était tombée amoureuse, et nous avait fait promettre que nous vendrions Léon sans sa porte … Nous pensions qu’il s’agissait d’humour. Non. A Coober Pedy, de passage, elle nous renouvelle ses voeux.

Sur une aire de repos, je m’active donc pour faire une copie chinoise de ma porte : Similaire mais différente, rapide avec une finition qui laisse à désirer. Mais Birdy aura sa porte voyageuse. Sa porte au style aborigène qui a visité l’Australie par tous les bords … La porte de Monsieur Léon. (heureusement qu’elle n’était pas tombée en amour avec la porte du coffre on aurait eu des problèmes).

Mission réussie.

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Après quelques plages, un parc, des villes sans trop de caractère, le lac étonnamment bleu du Mont Gambier… nous y sommes, notre dernier arrêt… Melbourne.

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Nous avions mis le van à vendre trois jours avant de partir, en une heure nous avions cinq appels. A la seconde visite une petite française est séduite. Banco. Elle va à la banque dans trois jours, car cette dernière était fermée pour l’Australian day. Nous annulons les autres rendez-vous. Grave Erreur. Elle nous fait faux bon sur une raison qui nous apparait de plus en plus prétexte vaseux. 

Dépités, nous remettons l’annonce. Mais plus un appel. Les gens doivent penser qu’il y a baleine sous gravillon. Nous partons à Geelong, revoir nos amis de la boutique de gaufres : Casse-Croûte. Soirée voyages, musiques, livres et fish and chips comme l’a décidée la tradition des retrouvailles. Dernière fois avant longtemps…

De retour à Melbourne, nous ne voulons plus attendre avant de partir pour la Nouvelle Zélande. Nous baissons notre prix et affichons sur le site dédié : Bonne Affaire du weekend. Dix appels dans les quinze prochaines minutes.

Les premiers, trois jeunes français, nous versent un acompte et viennent chercher le van le lendemain.

Des asiatiques insistent pour l’avoir :

– Non ! Vous ne pouvez pas leur vendre ! Dites leurs qu’il a un problème mécanique, qu’il va lâcher ! Dites leur n’importe quoi !
– Je suis désolée, il est vendu.
– De quelle nationalité sont les acheteurs?
– Français.
– FRANCAIS ! Mais ce sont des voleurs! Vous n’aurez jamais l’argent ! Ils ne vous paieront pas ! Des menteurs !
– Vous savez … Je suis française.
– Vous .. Vous êtes française

**intense moment de silence pour lui
explosion de rires de tous ces amis derrière lui
et intense moment de satisfaction pour moi**

Il n’avait plus d’argument, nous raccrochons …

Léon part … Et nous bientôt aussi.

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Cela fait déjà dix jours que nous sommes chez Birdy.

Nous avons rencontré des kiwis nous présageant le meilleur pour ces trois mois à venir…
Nous fêtons une dernière fois l’Australian Day, barbecue, bières.
Partageons vins et fromages pour préparer Birdy à sa venue en France… 2015.

Notre dernière soirée s’achève. Nous avons fêté en avance l’anniversaire de celle qui nous a suivi depuis le début de notre épopée australienne. Gâteau, cadeaux et clins d’oeil derrière sa chère porte.

 

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Nous savons que nous la reverrons, les adieux se font plus légers que quand nous l’avions quittée à Darwin sans véritables certitudes de retrouvailles.

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Le départ est en demi-teinte, des souvenirs incroyablement délicieux et la promesse de nouvelles découvertes pour les nouveaux pays que nous foulerons.

Tendre mémoire et Excitation du futur.

 

Australie, nous te quittons… demain.

 

 

 

 

 

 

 

 

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VER-IDIQUE

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DES CERFS-VOLANTS PRES DES FLINDERS RANGES

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Nous entamons « le chant des dernier(e)s »
Dernière fois à Coober Pedy, dernière gravel road… nous savons que notre départ approche. Aujourd’hui, c’est notre dernière randonnée sur la terre Australe.
Les Flinders Ranges.

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Nous choisissons la randonnée qui surplombe Wilpena Pound, un petit oasis vert au pied d’une falaise de roche rouge de 500 mètres de haut. La muraille s’étire en arc de cercle en une succession de pics séparés par des gorges, formant un éperon rocheux. Dans les mythes fondateurs aborigènes, ces vertèbres sont celles de deux serpents arc-en-ciel, « akura ». La légende raconte que pendant une cérémonie d’initiation, ces deux serpents géants auraient dévoré tous les participants. Le festin fut tel que les serpents incapables de repartir, se seraient laissés mourir sur place formant ainsi ce paysage dentelé.

Nous gravissons la montagne mais nous nous arrêtons avant son sommet car le Saint Mary Peak, qui représente la tête du serpent femelle, est un site sacré.

La montée est agréable mais la descente sans intérêt…

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Nous sommes dans les alentours d’Adelaïde. Il est temps de retrouver -encore- du travail. Nous avons un peu de temps devant nous avant de fouler la terre des Kiwis*.
C’est la saison des cerises, pas encore celle des raisins comme Greg le souhaiterait.
Il semblerait que cette année eut été la pire pour les producteurs de ce fruit depuis… très longtemps voir la pire depuis toujours.
Ca n’embauche pas beaucoup.
Nous nous rendons donc directement à la plus grande ferme de la région.
L’homme nous toise de haut en bas :
– Vous avez quel âge ?
**réponse**
– Vous avez plutôt l’air d’avoir dans les 19ans.

 On se rappelle, quand toi tu auras 55 et que tu en feras 70. Vu la fréquence à laquelle tu souris, je n’ai pas de doute sur ma prévision …

Il répond cependant à notre demande :
– Si j’ai quelque chose, je vous rappelle ce soir.

Nous nous reposons sur une petite aire au milieu des collines d’Adelaïde.
La région est belle, accueillante.
Des arbres, des rivières… de la verdure et de la fraicheur après nos quelques mois dans le désert. Mais les gens ont l’air trop … « normaux ». Trop près des villes, trop occidentaux, trop … trop tout le monde peut-être. Coober Pedy nous manque. Ce petit grain de folie dans le néant même si les arbres font défaut. Anoush et un de ses amis sont de passage à Adelaide. Ils font un sacré détour pour passer une soirée avec nous. Ce sera la dernière fois que nous verrons Anoush avant … nous ne savons pas.
La douloureuse farandole des dernières fois.

 L’homme qui ferait mieux de garder pour lui ses commentaires, nous a rappelé, nous commençons demain.
– On a besoin de prendre quelque chose en particulier ?
– Mettez tout ce que vous pouvez sur vous. Vous allez travailler dans le frigo.
**Nice**
Ce genre de boulot m’inquiète. J’ai une circulation sanguine en berne, très rapidement, mes mains ne répondent plus et attendent le dégel…

Quand nous nous présentons au matin, il y a déjà beaucoup de monde. Des femmes uniquement. Mes cheveux me semblent étonnement étrangers devant tout ces voiles aux multiples couleurs.
Je ne m’y attendais pas, je ne me sens plus en Australie, ou alors juste vraiment exotique. Nous pensons qu’elles viennent toutes d’Indonésie. C’est le pays musulman le plus proche. Le patron sépare les femmes et les hommes. Au final, je ne travaille donc pas dans le frigo avec Greg mais avec tout ces voiles, à la chaine, au tri des cerises.
On vient me voir, on m’explique sommairement. Les moyennes cerises dans la boîte bleu, les très mauvaises dans la boîte rouge. Le job n’est pas très compliqué. La position est désagréable. Debout toute la journée, et la tête penchée sur ces maudites adorées.

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Tu es parallèle au tapis roulant. Au début de la chaîne : la machine… des tuyaux, du fer, du bruit. Quand les cerises rebondissent dans la ferraille, on croit entendre une infanterie qui charge. Au milieu, d’autres machines qui trient, faites de chair et d’os. J’en fais partie désormais. Puis, en fin de ligne, une autre qui réceptionne, qui pèse… Elle pose le carton sur une autre ligne, où d’autres le conditionnent, le tamponnent et l’envoient chez Greg, seul au frigo ; d’autres avaient abandonné avant lui. Les dessus des boîtes arrivent du ciel, je m’amusais à penser que des petits gens travaillaient en haut, bâtissaient et envoyaient les boîtes… J’appris plus tard que c’était en effet le cas. Drôle de mécanique, à demi-humaine dans une coque de métal.

Facilement adaptable, on m’envoyait un peu partout, aider à droite et à gauche. J’ai pu découvrir toutes les ficelles. Et la véritable nationalité de mes amies lemmings voilées. Il y avait un jeune homme, un seul, il travaillait en haut du pays d’où les cartons arrivaient… Il n’y avait pas de magie. On m’envoya l’aider, je découvris le doux Jamal. Un jeune afghan. Tout ce joli monde venait donc de là-bas… d’Afghanistan.
Des réfugiés.
Ce pays résonne en moi des lignes des Cerfs-volants de Kaboul*, des passages entiers me reviennent douloureusement. Ces pays en guerre moderne. Cette haine entre peuples… de la barbarie toujours, sur des prétextes d’appartenance.

Dans cette usine, je côtoyais des grand-mères silencieuses, des mères discrètes et des jeunes filles rieuses.
J’étais un peu la curiosité. Ni Afghane, ni Australienne, je venais de loin. Les Afghans aiment la France. On me posait beaucoup de questions. Il n’y a qu’une seule chose qu’ils ne comprenaient pas :
-« Vous vivez vraiment dans votre voiture ? »
Mais ils voulaient faire comme nous. Voyager. Ils iraient en France un jour.

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Fatima a dix sept ans, elle rit et questionne sans arrêt. Il parait que quand je suis avec elle, je ris fort et haut. Je suis son miroir, et j’aime entendre son rire qui s’envole sous son voile bleu ciel. Mais devient sombre, soudainement, quand on évoque l’avant. La guerre.
– I hate war. I can’t stand it. I hate war so much. (Je déteste la guerre. Je ne peux pas la supporter. Je déteste tellement la guerre.)
Elle me répète cela comme pour conjurer, comme pour exprimer sans dire, comme une retenue, comme pour éloigner, comme pour essayer de fermer ses souvenirs.
Les jeunes ne regrettent rien, ils aiment l’Australie. Les plus vieilles, elles, ont la nostalgie de leur terre et peinent à accepter qu’elles ne retourneront probablement jamais là-bas.
– Votre pays vous manque ?
Les yeux ridés me regardent dans un sourire nostalgique.
– Bien sûr.

Fatima veut étudier la politique. Anoush, la douceur arménienne de Coober Pedy m’explique que c’est comme cela, quand on a vécu la guerre, on se penche sur la politique… on espère encore, on veut changer le monde.
Je suppose que l’on cherche à trouver les erreurs, les explications et les remèdes pour que le Mal vécu soit la « der des ders. » Souhait que l’on sait vain.
Anoush me dit que l’on en revient. Mais on ne s’apaise pas.
Anoush était un peu révolutionnaire.

Je laisse à Fatima toute sa fraîcheur. Elle me dit que je lui manque déjà.
Tendre génération de l’hyperbole.
Et à Jamal tous ses rêves de découvrir le monde et son envie de grandir plus vite.

La saison des cerises se termine en un clin d’oeil.
Noël…avec une japonaise amoureuse de la perfection de la calligraphie, trop effrayée pour en faire sa réalité.
Nouvel an… comme un jour de plus.

Et tout le monde disparait.

 

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A la ferme, il ne reste que nous deux… Nous travaillons désormais dans les vergers de cerisiers nus de leurs atouts. Nous taillons les arbres, nous les dé-ramifions à la main. Ils atteignent parfois les six mètres. Nous grimpons à leurs cimes, quand nous ne parvenons pas à faire autrement. La température nous cuit doucement.

Notre temps dans cette ferme industrielle se termine…
Greg me dit qu’il ne veut plus rechercher de travail en Australie.
Une nuit plus tard.
-« Encore un petit dernier ? »

Nous descendons au Sud d’Adelaïde : McLarren Vale.

 

 

*Kiwi : surnom donné aux néo-zélandais en référence à leur oiseau emblématique

* Les Cerfs-volants de Kaboul Khaled Hosseini

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APPRENTISSAGE DU POT

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BICEPS ORNEMENTAUX

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Malédiction ou souhait_ Coober Pedy

Dans les entrailles de la terre, il y va s’en dire que la totalité des visiteurs transitant par le « dugout » m’appelaient invariablement « Man » en me tapant dans la main ou sur l’épaule. Mais j’aimais déceler qu’ils me considéraient toujours comme une gazelle sinon je pense que je n’aurais pas reçu autant d’offrandes…
opales,
vin,
chocolat.
**sourire en coin**
God bless them.

Nos journées de boulot pouvaient être longues ou très courtes, soumises aux festivités impromptues. L’Homme qui avait autorité suprême sur nos heures est un charismatique bosniaque dont les paluches de grizzly ont soixante-dix printemps. C’est un observateur qui se joue d’une façade d’arrogance et de désintérêt pour ta petite personne. Il te cherche, te met à l’épreuve, te teste.
Ancien prêtre.
Ancien boxeur.
Chaque parole a son sens et t’envoie sur le ring.
Bienvenue sous son chapiteau.
Faibles s’abstenir, charlatans passez votre chemin. Laurey voit au-delà de vous et vous dépèce à l’œil nu.
Quand vous gagnez son respect, principalement par la valeur qu’est le travail, vous êtes accepté dans son antre et découvrez son cœur immense. Tendre comme son choux jaunasse et trop salé (recette bosniaque). Anoush l’a adopté comme son père, en écho au sien qu’il a perdu trop tôt. Le visage de Laurey est ridé aujourd’hui. Il se cache derrière une apparente bougonnerie éternelle qu’il agrémente d’onomatopées : « pfeu pfeu pfeu pfeu ». Certains ne comprennent pas ses masques.
Souvent, il sourit comme un clin d’oeil, vite et furtivement. Il aime la force, la puissance, de toutes les beautés humaines. Il a la culture et la curiosité avec lui.
Je ne parle pas trop avec lui. C’est trop dangereux ces personnages-là. Ca apprend ce que vous ignorez, ça vous lit comme une page de la Bible… entre les lignes.
Mais ça vous aime comme vous êtes.

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 Un jour que nous étions vêtus pour aller au turbin, Anoush nous conduisit dans une autre maison. C’était anniversaire là-bas.
Le jeune Mickaël, son pantalon-à-pinces blanc et son chandail bleu-ciel fêtaient leurs soixante-dix-sept ans. Ils auraient pu les vivre seul. Une journée de plus, une journée comme les autres.
Mais Laurey n’aime pas les gens tristes. Alors ce serbe souffla ses bougies en compagnie d’une bande éclectique de lurons inconnus : l’arménien joaillier-poète, l’aborigène homme-orchestre-Jean-Val-Jean, le picard comique-troubadour, le bosniaque prêtre-boxeur et moi-même….Sans oublier bon nombre de bières et un excellent Brandy.
L’homme se déracinait la mâchoire à force de sourire, de rire. Anoush me murmure : »Ça vaut bien tous les boulots du monde, non ? »… Oui, évidemment oui. Voir cet homme, hier inconnu, se lever pour vider son frigo de ce qu’il contenait pour cette fête imprévue.
-« Je ne sais pas comment on reçoit, je ne sais pas. »
Il savait. Prociutto, tomates, pain. Le buffet des rois. L’après-midi s’éternise. Sunny se met à jouer, à chanter. Sa discrétion met en sourdine sa musique jusqu’à temps qu’il ait assez bu.
Mickaël a combattu le dragon des âges. Il est fatigué maintenant.
Notre troupe de saltimbanques termine chez Laurey, heureuse d’une journée à visage humain.

En quatre semaines d’acharnement chez Anoush, nous avons fini de creuser, fini de pleurer sur ces gravats qui n’en finissent plus, fini de refaire une santé à notre foie, notre départ se profile bientôt. Trop tôt.

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Nous organisons un barbecue avec tous les personnages de notre histoire ici. Sunny veut pas que nous partions sans découvrir une vraie mine d’opale. Il nous prend sous son aile, nous guide sur cette échelle brinquebalante qui plonge à trente pieds (10 mètres) au travers d’un trou d’un mètre de diamètre. La descente se finit dans le noir. La faible lumière d’une lampe de poche nous offre à voir un monde de galeries comme autant d’espoirs d’être plus riche que riche.

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Le plafond ne doit pas être bien plus haut que le diamètre du forage, un mètre là encore. C’est excitant de penser à toutes ces galeries cachées sous le sol de Coober Pedy. Il y a encore tant de mystères ici… Nous regardons œuvrer la tunnelling machine, qui comme son nom l’indique creuse des tunnels. Je scrute au côté de Scotty la paroi qui se fait dévorer en laissant se dévoiler à chaque passage, soit du potch, soit quelques timides couleurs, soit… de la roche. On creuse la roche latérale dont la machine n’a pas pu s’occuper. Rien. Pas de chance pour eux aujourd’hui.

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Nous sortons des jupons de Coober Pedy.

Nous passons l’après-midi à préparer le barbecue. A la française s’il-vous-plait, il y a des légumes… il est un peu multiculturel aussi à l’image de notre vie ici. Tsaziki grec, houmous égyptien, viande assaisonnée à l’arménienne, choux bosniaque…

J’avais oublié de vous parler des Grecs. De Nico, le mini boss de Jirho à la bijouterie d’Umoona,  trente-trois opales à son compteur d’années. Juste entr’aperçu je ne peux que vous dire qu’il est élégant et ambitieux. Il y a Peter aussi…un phénomène des sables. Il est fort possible que ce garçon patibulaire (mais presque) qui sent l’after-shave à dix kilomètres quand il vient nous voir, ait été enlevé par des extra-terrestres puis recrache ensuite sur la terre de Coober Pedy. Il croit à la vie des Aliens et aux fantômes. Il a le rire amusé et blagueur et aime mes chaussettes de randonnée. Il nous a pris sous sa carrosserie de 4×4 pour nous emmener à sa mine à ciel ouvert, nous a fait découvrir ces endroits où la légende dit qu’on y a trouvé des millions, nous a conduit sur les carrières des pierres tigres…

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Il me scrute et enfin, tente un :
– Es-tu breatharien ?  de – to breath : respirer –
– Comment ?
– Es-tu adeptes de cette doctrine où les gens ne se nourrissent pas et transforment l’eau et l’air en énergie ?
**regard qui cherche l’erreur**
– Pourquoi le penses-tu ?
– Je trouve que tu bois beaucoup d’eau.
– Et toi es-tu Beerarian?
– Comment ça ?
– Je trouve que tu bois trop de bières.
Une sacrée rencontre ce Peter…

 Tous les gens qui sont réunis ici nous ont tellement donné.

Les heures disparaissent comme un claquement de doigts. On trinque, on trinque beaucoup, à nos pays, à nos rencontres, au bonheur, à la santé, à l’anniversaire de mon frère, au dugout (ben oui quand même)… il y a tellement à célébrer dans cette vie.

-« Vous allez revenir à Coober Pedy. »
-« C’est une malédiction ou un souhait ?  »
**sourire**
– « Un souhait. »

Nous quittons cette ville avec le sentiment de quitter l’Australie.

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Corps d’un générateur pour alimenter les machines de Peter.

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Waiting for…

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Un de ces soirs où le désert s’énerve…

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