Black Magic

Ambrym2

Nous devons trouver un guide pour monter jusqu’aux volcans qui se trouvent au cœur de l’île.
Il ne faut pas y aller seul, prenez OBLIGATOIREMENT un guide, les deux volcans le Marum et le Bebow sont encore en pleine forme et les éruptions sont loin d’ avoir lieu tous les millénaires. Alors à part si vous êtes un fan hystérique de Pompéi… N’y allez pas seul.
On nous avait conseillé de prendre le guide du nom de John Tasso. Il vit à Port Vato. Comme à notre habitude, nous y allons le cœur léger et confiant.
Des volcans…nous réalisons à peine.
Nous marchons quelques kilomètres dans la forêt. Une coulée de cendre la fend soudainement. Ancienne coulée de lave, c’est un des indices qui nous indique que nous sommes sur le bon chemin.
La recherche s’avère laborieuse, heureusement que ce nom parle aux gens. On finit par nous conduire dans une maison.
Les moustiques nous accueillent avec autant d’empressement que les gens. On nous fait patienter dans une pièce, plutôt moderne mais toujours faites de feuilles de palmiers.
Des personnes sont allées chercher la fille de John T .
« – Non, nous ne voulons pas dormir là. Nous voulons aller voir les volcans. »
« – Il y est déjà. Il ne revient pas avant trois jours. »
Nous repartons, bredouille. Changeant nos plans, nous continuons la route pour aller à Lalinda.
La fameuse…Lalinda. Le village vicieux du pasteur Loulou. Le centre névralgique de la magie noire.
Nous ne pensions pas l’affronter si tôt.
En trop peu de temps nos pieds nous y emmènent et nous nous retrouvons au cœur d’un village de gens suspicieux.
Le sourire qui est vraiment une signature au Vanuatu ne semble pas avoir court ici. Nous nous asseyons sous un arbre. Quelqu’un vient nous voir. Puis une foule.
Nous donnons le prénom de la personne que nous cherchons.
« – Elle est morte. »
« -… La mère du Pasteur Loulou ?»
« – De qui … ? »
Nous imaginons que c’est le nom de scène qui ne parle à ces habitants, nous appelons désespérément notre mémoire pour retrouver son nom de naissance.
Mais heureusement une personne vient à notre secours.
« – Loulou ? »
« – Oui… »
« – Non, sa mère est toujours là. Elle est aux champs pour le moment. Attendez là. »
Les minutes s’égrènent.
Une éternité.
Entouré de gens silencieux.
Nous partageons un pamplemousse avec nos voisins.
Ils acceptent, toujours en silence.
Le sol du village n’est pas fait de terre mais bien d’un mélange avec de la cendre du volcan, ce qui rend le village effroyablement froid car complètement gris.
Puis enfin, la femme arrive, entouré d’autres personnes. Le ni van se déplace rarement seul.
Là encore pas de francophones, pas de bichlamarophones et pas non plus d’anglophones. Elle nous fait comprendre que nous devons la suivre. La foule au pied de l’arbre se disperse. Nous sommes invités à rentrer dans une case, petite et carrée. A nous asseoir sur une sorte d’estrade faite de palmiers, toujours.
Dans la case, il n’y a pas de fenêtre. Nous sommes éclairés avec la lumière blafarde d’une lampe de poche dont il faut tourner la manivelle pour éclairer. Peu à peu la case se remplit. Nous sourions, dans le doute, pour montrer combien nous sommes sympatiques. Ils sont six désormais. Ils se passent la lettre de main en main. Parlent dans cette langue tribale, spécifique à ce village.
Et nous attendons.
Attendons encore.
Ils agissent comme si nous n’existions pas.
Nous attendons.
Greg commence à s’énerver.
« -Laisse les faire Greg. »
Et nous attendons.
Nous essayons de proposer de prendre une chambre dans le village et de les quitter. Mais comme personne ne se comprend…
L’attente continue.
Puis on nous apporte à manger. Du riz, puis des beignets. Nous partageons naturellement avec nos colocataires. Peut-être pour entamer une amitié ou pour être sure qu’ils ne vont pas nous empoisonner.
« – Il parait qu’il y avait des cannibales à Ambrym… » Riait encore le pasteur Loulou en nous montrant ses jolies dents.
Nous leurs montrons des photos sur notre ordinateur de leur fils devenu pasteur. Ils sourient. Revoir après 15 ans son enfant ou son frère cela doit vous renverser le cœur.
Puis ils continuent de parler ensemble.
On ressent que la lumière décline dehors.
Et soudain, quelqu’un se lève, et revient avec des tissus pour décorer la case. On nous fait comprendre que cette case est la nôtre désormais et qu’il faut demander la permission au chef du village pour savoir si nous avons l’autorisation de gravir le volcan… Nous l’obtenons.
« -Vous restez combien de temps ? Un mois ? »
Nous rions…
« -Non…Une nuit. »
« – Si peu ? »
Demain nous aurons un guide de la famille pour aller au volcan. Mais pour l’heure on nous montre le village. Montrer est un bien grand mot.
Au bout de la rue où se situe notre case , sur ce début de montagne, se trouve le nakamal, souvenez-vous le bar à Kava, des hommes sont en train de préparer la substance. En face les premières toilettes, un turc de palmiers et fermé encore par un simple rideau alors qu’elles desservent une grande partie du village.
Fin de la présentation par notre guide. Il nous laisse déambuler. Seuls ? Non, il nous suit 5m derrière. Nous essayons d’interpréter ce comportement. Est-ce par ce que nous n’avons pas le droit de nous promener à Lalinda seuls ? Est-ce parce que c’est trop dangereux de se promener seuls ? Est-ce qu’il se méfie de nous ?
Nous partons nous coucher.
Quelle foutue journée.

greglalinda

Share Button

One thought on “Black Magic

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Merci de m aider à lutter contre les faux commentaires ! *