Jesus is my hero

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Ce dimanche matin a une étonnante effervescence.
Tout le monde s’agite. Mais je dois vous avouer, nous ne comprenons rien. Nous savons que c’est le jour de la messe. Mais… comme tous les dimanches, l’habitude devrait rendre l’excitation moins grande.
On reste aux aguets. On attend. On ne sait pas.
Tout le monde s’active.
La grande case familiale est ouverte. Des cases comme celle-ci, il y en a dans tous les villages, ce sont des lieux communautaires, faits pour les rassemblements importants.
Que se passe-t-il de tel aujourd’hui ?
Les enfants de Santo défilent avec du pain, des biscuits, des tartines de beurre de cacahuète. On met des paillasses au sol, des bancs. Les frères et sœurs, les enfants s’installent.
Tout notre village est là. Nos pizzas aussi.

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Le pasteur fait des prières. On remercie. Les enfants chantent. Nous sommes toujours aux aguets. Des ados, de grands enfants se lèvent et offrent des cadeaux à des femmes.
Happy mother’s day.
C’est pour cela que nous sommes tous réunis ?
Le bal continue, les enfants donnent les présents à leurs mères qui essuient quelques larmes discrètes. Accolade.
Les cadeaux sont des morceaux de tissus, des lampes torches, des piles …
De l’utile. C’est tendre et touchant de lire sur les corps, la retenue mais aussi la sincérité.
Puis on me demande de me lever.
Je dois avoir mal compris.
Dans ma tête : – « Bonjour tous les gens je ne suis pas à l’aise là, je fais quoi. »-
Sur mon visage -sourire crispé qui attend la sentence-.
On demande à la petite Poly de se lever.
Silence. Je ne suis pas sa mère. Je le sais et Poly le sait. On a la même distance elle et moi. De l’affection pour sûr il y en a entre nous. Mais ne cherchez à lier les personnes trop vite, ne cherchez pas à brusquer nos rapprochements qui auraient pu être ceux de deux sœurs. Nous ne sommes pas ici depuis assez longtemps et nous ne resterons pas non plus assez pour transformer cette douceur qui nous lie.
Mais elle finit par se lever et dépose sur mes épaules le drapeau du Vanuatu.
Comme pour assurer à sa fille qu’il a compris son regard et pour nous expliquer son geste qui me désarçonne, Philippe branche les sous-titres :
« – Si vous n’êtes pas de la famille, vous êtes en tout cas des amis très proches, qui nous sont chers. »
J’aimerais que mes glandes lacrymales ne soient que des muscles que je puisse entraîner à ne rien laisser passer. Mais hélas une glande est une glande et de surcroît réglée sur mes performances vocales. Je sais que si je prononce un mot, un tsunami emportera sa signification sur les courbures de mon visage. Je me tais et retiens ma respiration, en espérant que des larmes ont besoin d’oxygène pour se mouvoir.
La vieille maman qui nous héberge se lève. Toutes les autres mères suivent. On me dit de venir, de participer.
Je hurle en moi « Mais à quoi ! Je ne suis pas une mère ! Je ne suis que la fille de la mienne et c’est une fierté qui me suffit. »
On me donne un couteau. L’expression « comme une poule qui a trouvé un couteau » me correspond parfaitement.
Et chacune réunit autour de cette table pose la main sur lui.
Premier coup de couteau sur le gâteau.
C’est un mélange de cérémonie de mariage et de fête de famille. Qui fera la première danse ?
Nous nous servons et rejoignons nos places encore un peu sonnés, profondément touchés par ce qui vient de se passer. Greg ne porte même pas attention à l’araignée près de lui jusqu’à ce que je lui indique.
Tranquillement. Le chien attend. Aux aguets lui aussi. Il sait qu’il ne doit pas rentrer. Il attendra que tout le monde soit parti pour se faufiler et grappiller les miettes de cette cérémonie traditionnelle familiale.
Les gens se sont dispersés. Nous restons seuls encore un peu.

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