Un pied à Malo

Santo isl

Nous entrons sur le bateau qui nous mène à l’île d’Esperitu Santo, direction la deuxième plus grande ville du Vanuatu : Luganville.
Il est 19h.
Le bateau est vaste. Stable. Il y a des banquettes sommaires mais des banquettes quand même. Le sol est blanc et nu. Il n’y a pas de superflu. Ah si, une télé qui tombe du plafond.
Une femme se lève, l’allume. Une amourette à l’eau de rose ni-van. Il serait dommage qu’elle manque sa série. Les heures se passent le relais.
Il y a une sorte d’espace vide recouvert de béton ciré. On se décide d’y poser notre campement à même le sol comme les locaux. Je rentre entièrement dans mon duvet. Je disparais. Les heures sombres sont froides.
La nuit s’évapore comme elle était tombée.
Cela s’agite autour de nous.
J’entends la voix de Greg, d’une femme. Ils rient.
Non, encore un peu.

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Café froid, banane. Un p’tit dej’ de marin ?
La femme nous raconte que nous avons raté dans la nuit, lorsque le bateau longeait les côtes d’Ambrym, les lueurs du volcan qui embrasaient le ciel.
Un volcan ?
Elle nous dit aussi qu’elle a été effrayée car elle voyait des corps près d’elle, et une main en est sortie. Mais la main était blanche. Ce n’était pas normal. Non, pas normal du tout.
-« Les Blancs ne dorment pas comme nous. Et déjà ils ne prennent pas le bateau.»
-« C’est mal vu chez les ni vans que les Blancs prennent le bateau ? »
-« Oh non. C’est surprenant, c’est tout.
Quand vous aurez fait votre tour sur l’île de Malo, venez chez moi, je vous présenterai Monsieur Mako. »
Nous laissons en suspens le mystère de Monsieur Mako. Nous prenons l’adresse de Géraldine et son téléphone.
Car oui beaucoup de gens ont un portable là-bas.
En 2012, sur 1000 personnes 540 avaient un téléphone portable contre 22 seulement pour un fixe. Nous y étions en 2014, et je pense qu’en deux ans ce chiffre avait déjà explosé dans ce monde où on a un téléphone portable avant d’avoir l’eau courante…

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Nous profitons de la beauté de la mer.
Toutes les îles que nous croisons sont recouvertes d’une végétation incroyablement dense, d’un vert qui contraste intensément avec le bleu soutenu de l’océan. Nous croisons quelques rafiots. Nous sommes une embarcation deux à trois fois plus grande.
Ça y est, on aperçoit le port avec ses carcasses de bateaux échoués. Le nôtre est neuf, la compagnie a ouvert depuis peu et a de beaux jours devant elle.
A l’arrivée des taxis sagement rangés sur la terre nue.
Il est 11h00 du matin. La traversée des îles a duré 14 heures.
Facile le bateau… que nous nous sommes dit.
Il faut une heure d’avion pour faire la liaison.

port

Nous sommes attendus sur l’île de Malo à 5km de l’île principale de Santo. Superficie 180m². M Bani, rencontré dans la petite auberge de Wai Melmelo, a tout prévu.
Nous devons retrouver son fils sur la place du marché un peu plus tard dans l’après-midi. Nous en profitons pour déguster des fruits, des chips de manioc, de kumala… Nous trouvons des avocats à tomber : énormes, lisses, et fondant presque comme une pana cota. Sous les étals, sous les tables il y a des gens qui dorment. Femmes, enfants… très peu d’hommes. Juste derrière les arbres, un bras de mer qui remonte dans les terres. L’île est belle.

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Notre guide arrive.
Nous montons à l’arrière.
-« Non, non montez devant. »
Nous restons à l’arrière avec pleine vue sur les cocoteraies qui défilent sur la bande caillouteuse. Nous nous arrêtons devant une autre tentacule de la mer.

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Là un bateau. Jaune et Blanc. Taxi maritime. Nous attendons que d’autres personnes arrivent.
Le soleil descend sur la mer.
Il faut que le bateau soit plein sinon il n’est pas rentable.
Une nouvelle heure de traversée.
Nous apercevons la terre mais nous avons de multiples stops avant d’atteindre le nôtre. Le bateau se vide, peu à peu. Nous sommes presque seuls désormais. Une fillette et son oncle. Le reste de la traversée est silence.

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Nous passons de mains en mains.
Philippe nous accueille. C’est le fils en question ou l’oncle je ne sais plus.
Nous sommes arrivés. Nous ne bougerons pas plus loin aujourd’hui. L’île est anglophone.
Nous dormirons chez la grand-mère qui ne parle pas anglais mais pas plus le français…
ahem… ni bichlamar apparemment. Elle parle le dialecte de l’île.
Sa maison est en dur, l’intérieur en est décoré de nombreux tissus, qui rappellent l’intérieur des huttes de palmiers. La vieille femme trône dans son fauteuil en bois, qu’elle ne quittera quasiment jamais. Derrière elle le drapeau du Vanuatu.
Vert pour la végétation, la richesse du pays.
Noir pour la peau des mélanésiens.
Rouge pour le sang versé.
Le cercle qui s’enroule est une défense de sanglier, symbole de prospérité.
Et les fougères au centre : la paix. On nous a également indiqué qu’il signifiait le sacré car quand on dépose l’une de ses feuilles à un endroit cela en interdit l’accès.
Derrière elle ce n’est pas exactement le drapeau officiel, mais une des formes qu’il peut prendre. Il manque le Y jaune qui traverse le drapeau et qui représente à la fois la forme de l’archipel mais également la lumière divine tombant sur le Vanuatu. La christianisation a bien fait son travail, 90% de la population se déclare chrétienne.

maison
Inquiète à première vue, elle se détend peu à peu. Un bruit de moteur nous interpelle. Et la lumière arrive en faisant grésiller l’ampoule avant que celle-ci ne soit tout à fait décidée.
Il.
Y.
A.
L’électricité.
Sur.
L’île.
What a amazing news !
Nous sommes au bout de 14 heures de bateau. Une heure de 4*4. Une autre heure de bateau. Il ne semble y avoir plus âme qui vive par-delà. Le village ne doit compter qu’une quinzaine de personnes.
Et il y a l’électricité.
Un générateur bien sûr. Et qui ne sert que pour la lumière du soir. Mais électricité quand même.
Monsieur est pasteur.
Il travaille dans une association qui vise à emmener l’eau saine dans les villages, grâce à la construction de grands réservoirs pour stocker l’eau de pluie. Il tient à ce que ses réservoirs soient écologiques et durables. Il n’utilise que les matériaux sur place, et l’aide des villageois pour mener à bien ses projets.
Il anime également des ateliers vacances avec les enfants dont il s’occupe au catéchisme. Il exerce sur l’île principale de Santo, mais durant ces vacances scolaires, il les a emmenés avec lui sur l’île de Malo. Il y a donc une vingtaine de gosses en plus de la population du village.
Il n’osait pas mais désormais se confie.
Pourquoi sommes-nous partis ? A quoi sert le voyage ? La France n’est-elle pas belle ? N’avons-nous pas de famille ?
L’homme commence à comprendre nos motivations et sent une sorte de fierté à ce que nous souhaitions découvrir leurs cultures et leurs vies. Aussi humbles soient elles.
Sa fille est pétillante, discrète, mais souriante. Du haut de ses quatorze, quinze ans, elle nous sert des assiettes de riz avec des feuilles de chou-arbuste
On nous montre notre chambre. Des nattes de palmier sont au sol, des tissus qui décorent et servent également de portes. Notre chambre est à peine plus grande que la place pour le matelas une personne qui y est posé.
Nous sombrons rapidement.2020

coucherdesoleil

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