L’absence a ses raisons

enhaut

Bonjour à tous…

Cela fait longtemps oui. Nous sommes revenus en France en Juillet 2014. Nous sommes en Mars 2016. Et je vous ai lâchement abandonnés après la Nouvelle Zélande. Alors que la suite fut d’une beauté retentissante, des paysages qui ne pouvaient qu’être imaginés, et des personnes qui nous ont retourné le cœur. Ils méritaient que je vous noie dans mes descriptions à rallonge, dans mes portraits picturaux car oui, notre cœur a été emporté au Vanuatu.

Pour vous expliquer pourquoi je vous ai quittés, je vais citer J.C RUFIN à travers une anecdote de son livre Immortelle Randonnée, Compostelle Malgré Moi.

immortelle-randonnee-compostelle-

« C’est un peu plus loin, alors que [les deux femmes rencontrées dans le bus] avaient déjà disparu, que j’avisai le petit guide qui était tombé de leur sac. C’était une brochure détaillée et annotée qui les avait accompagnées jusque-là, et qui décrivait leurs prochaines étapes. Je feuilletai ce document avec émotion. Chaque pèlerin en porte un sur lui, et il dénote son tempérament. Pour certains dont je fais partie, le passé est effacé aussitôt. J’arrachais chaque jour une page de mon guide, correspondant au chemin parcouru. Pour ceux qui pratiquent ainsi l’oubli systématique, le voyage est un perpétuel déséquilibre ; ils sont tendus vers le lendemain et fuit le passé. Je n’ai pris aucune note pendant mon voyage, et j’étais même agacé de voir certains pèlerins, distraire de précieux instants de contemplation pour griffonner sur des carnets. Il me semble que le passé doit être laissé à la discrétion d’un organe capricieux mais fascinant qui lui est spécialement dédié et que l’on nomme la mémoire. Elle trie, rejette ou préserve selon le degré d’importance dont elle affecte les événements. Ce choix n’a que peu à voir avec le jugement que l’on porte sur l’instant. Ainsi des scènes qui vous ont paru extraordinaires, précieuses, disparaissent sans laisser de trace, tandis que d’humbles moments, vécus sans y penser, parce qu’ils sont chargés d’affect, survivent et renaissent un jour.

Pour d’autres personnes au contraire, et mes deux sœurs étaient de celles-là, le temps révolu est aussi précieux que l’avenir. Entre les deux il y a eu le présent intense, éphémère, dense, et pour en garder le bénéfice il faut en couvrir le guide d’annotations. Tel était le petit livre qu’elles avaient égaré et dont elles devaient amèrement regretter la perte. Je décidais d’emporter ce document rare qui m’introduisait dans l’intimité d’un autre chemin. »

Au hasard du chemin, il finit par retrouver ces deux femmes :

« J’allais en leur compagnie à ma pension et leur rendis leur précieux guide. Elles roucoulaient de joie. Je les enviais un peu car, avec mon système, pareil bonheur ne pourrait pas m’arriver. Ne conservant aucune trace du passé, il aurait fallu que quelqu’un vienne un jour me dire :
«  Tenez, j’ai retrouvé votre mémoire ».
 Mais le seul qui puisse accomplir ce prodige, c’est moi-même et j’aimerais parfois que quelqu’un me délivre de cet effort. »

Voilà tout est dit … Durant l’Australie, grâce à Léon (notre van) et son panneau solaire, j’écrivais directement sur l’ordinateur, en Nouvelle Zélande grâce à la pluie, j’avais souvent des moments où les bibliothèques nous donnaient l’énergie nécessaire… Mais au Vanuatu, nous  n’avions pas ces secours. Et je passais des heures entières à couvrir mon carnet de notes. Mais j’oubliais qu’en Nouvelle Calédonie, dès que la moindre prise de courant était disponible je passais mes nuits à taper mes écrits sur l’ordinateur.

cerveau

À notre retour, pris entre le déséquilibre émotionnel, les retrouvailles, la montagne administrative et quelques désillusions, j’ai tout bonnement oublié que j’avais tapé mon texte et que j’avais un fichier sur l’ordinateur qui contenait ma mémoire.
Et l’ordinateur a été formaté.

Il me restait quelques épisodes que je n’avais pas pu taper. Mais c’est seulement quand je terminai l’exercice que je compris que des pages manquaient.
La mémoire me revint. J’arrachais chacune des pages qui avaient été transférées sur ordinateur.

Mais malgré des mois à rechercher, à fouiller dans les poubelles numériques et à utiliser des logiciels de reconstruction d’éléments effacés, je n’en ai pas trouvé une trace.
J’ai eu l’impression de trahir les Ni- Vans*

Je m’en suis voulu.
Beaucoup.
Car bien sûr, je vais m’efforcer de plonger dans mes souvenirs, de gratter toute ma mémoire sensorielle pour vous emmener avec nous dans cet archipel. Cependant deux ans se sont écoulés et j’ai peur de ne pas rendre assez grâce à ces fabuleuses rencontres.

J’écrirai au présent. Pour me faire voyager dans le temps, et pour vous faire voyager dans l’espace.
Alors j’espère que tout mon corps pourra dire à mes doigts :
«  Tenez, j’ai retrouvé votre mémoire.
Ecrivez-la. »

 

Ni- Vans* : diminutif pour ni-vanuatais, les habitants du Vanuatu

 

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2 thoughts on “L’absence a ses raisons

  1. bonjour … et dire que je ne sais même pas ou se trouve le Vanuatu !!!!

    Je ne me fais pas de soucis sur tes facultés de mémoire qui sera peut etre moins precise mais plus proche des sentiments .. j’adore .

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