MONT COOK à moi, il me parle d’aventures.

La fraicheur de la nuit promet une matinée sans nuage. Nos deux nouveaux acolytes nous surprennent à vouloir faire du stop avec nous plutôt que de nous accueillir en clandestin à l’arrière de leur break. Le slogan des Kangous et Kiwis « Safety first » a bien été assimilé.
A quatre nous avons beaucoup moins de chance d’être pris. Pour un groupe, ce moyen de locomotion aléatoire me désarçonne. Il peut varier entre 30secondes à trois heures pour un miliard de raisons insignifiantes…
Nous nous séparons pour attirer la chance et le chaland.
Ils sont pris.
Nous attendons.

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Nous sommes pris… sur un malentendu.

Nous faisions du stop à côté d’une voiture garée, abandonnée peut-être. L’homme qui s’est arrêté nous croyait en panne. Déçu par notre réponse négative, il ne pouvait plus vraiment refuser de nous emmener à notre destination.
– « Je vais à Mont Cook parce que j’ai besoin de solitude. Vous pensez que c’est être seul que de prendre des auto-stoppeurs ? »
Ambiance pesante …
Puis, au compte goutte, au fur et à mesure que la route qui lui est familière le berce, il se sent mieux et nous découvrons son histoire mêlée à celle du Mont Cook. Il nous lègue sa jeunesse inconsciente où il partait traverser le Mont Cook en une journée la joie au coeur. Il nous raconte les moments partagés avec son père sur cette montagne caractérielle. Il nous confie le triste souvenir de son ami qui fit une chute de 200mètres de ses crêtes vertigineuses… Il nous ouvre les portes de l’identité du Mont Cook. Il devient vivant en s’incarnant d’histoires. Je m’apaise devant les paysages magiques qui vagabondent et de la vie de cet homme qui défile.

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A l’entrée du village du même nom que la montagne qui le domine, une sculpture séduisante en bois raconte l’histoire des cinq frères : le plus grand, le Mont Cook, de son nom maori Aoraki et ses cadets : Tawhirimatea, Rakiroa, Rakirua et Rarakiroa. Les enfants célestes de la Terre et du ciel. Au début il n’y avait pas de terre où se trouve la Nouvelle Zélande aujourd’hui. Les cinq frères partirent à la recherche d’une terre légendaire en envoutant de la glaise pour en faire un canoë. Quand ils ne la trouvèrent pas, ils voulurent faire demi-tour mais le charme était rompu. La glaise se dissipait dans les flots. Pour essayer de sauver leur vie, les frères se mirent sur le côté du bateau qui était encore immergé. Mais ils furent transformés en pierre, comme le fut le navire. C’est l’histoire, résumée ici, qui explique l’émergence de la Nouvelle-Zélande des flots. Les esprits de la fratrie sont toujours là et le nuage qui enveloppe bien souvent le pic du mont Aoraki est un symbole de leur présence. Parfois il donne audience, parfois il est absent. C’est ainsi qu’il montre son pouvoir et son influence sur les mortels. C’est le lien entre monde naturel et super naturel. La montagne possède un pouvoir sur la vie et la mort. Il incarne aussi le lien entre les éléments physiques et mentaux.

Cette montagne fascine et inspire la peur. Les maoris ne font pas l’ascension des sommets. Le peuple maori donne le matériel nécessaire pour que les grimpeurs et les guides comprennent l’importance de ce fait et les invitent à ne pas monter sur la pointe la plus haute des pics pour montrer leur respect.

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Sir Edmund Hilary, le premier homme à gravir l’Everest, est kiwi et s’est entraîné ici. Aoraki est réputé pour être difficile, et beaucoup d’alpinistes se cassent les dents sur ce géant qui a déjà repris la vie à quelques deux cents personnes. La première femme à en déjouer les pièges fut Frida de Faure, une australienne. Elle gravit Aoraki en 1910, outrepassant par la même, les conventions de l’époque qui décrétaient qu’une femme ne pouvait pas camper la nuit avec un homme s’ils n’étaient pas mariés. Elle fit des compromis sur les vêtements en portant un chemisier, et une jupe par dessus un long caleçon. Chaque soir quand elle terminait ses ascensions, elle essayait de paraitre la plus féminine possible pour confondre les critiques, et les stéréotypes sur les femmes actives. Elle écrit : « J’étais la première femme non-mariée à faire de l’alpinisme en Nouvelle-Zélande. Je reçus donc les plus difficiles remarques jusqu’à ce qu’un jour je me réveille plus ou moins célèbre (-après l’ascension d’Aoraki-) dans le monde de la montagne, par la suite je pus faire exactement ce qui me semblait être le meilleur. « 

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Nous n’avons pas fait l’ascension. Dans une file compacte de gens, entre de petits groupes de chinois multicolores, un hélicoptère venu réparer je ne sais quoi, nous avons marché jusqu’à ses pieds pour se laisser emporter par une marée d’icebergs que nous n’attendions pas. La Nouvelle-Zélande m’offre un lot de premières fois. Premiers paysages alpins, premiers icebergs et plus tard… premiers volcans.

Je prends plaisir à les regarder glisser sur ce lac couleur marron-glacé. Flotteurs en cristal, dériveurs de diamants.

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Je souris au plus grand des frères avant que nous rebroussions chemin.

Clément, notre précédent compagnon d’aventure, quelques jours plus tôt avait choisi une autre vie d’Aoraki qui ne manque décidément pas de charme.

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Le retour en stop est plus difficile. Les voitures ne semblent pas se décider à nous offrir ces quelques dizaines de kilomètres.

Plus d’une heure après le premier pouce qui se lève, nous saluons les puissantes montagnes d’Aoraki et ses frères en les remerciant de nous avoir accordé un ciel serein.

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