Les bains de Dieu_ Copland Track

Nous replions notre tente. En recherchant une sardine nous tombons sur une pierre verte.

De la jade ? Nous ne savons pas et nous encombrons de pierres nos sacs déjà trop lourds mais on s’en moque même si cela n’en est pas, quel délicieux moment que de le croire. Chercher de la jade dans ce pays comme chercher de l’opale dans un autre fait partie du lieu.

Nous commençons notre marche solitaire.
Solitaire car personne ne veut de nous.
Nous souhaitons rejoindre un chemin de randonnée : Copland Track. 8heures de marche.

Il n’est pas loin.
En voiture.

Il est loin.
A pied.

Les ponts à une voie -signature néozélandaise- nous effraient, les camping-car ne faisant que peu de cas des piétons qui trainent par là.

Déjà plus d’une heure que nous marchons sur le côté de la route…
Les voitures ne sont pourtant pas rares, mais nous avons remarqué que plus la route est touristique moins les gens s’arrêtent.
Nous commençons à nous lasser. Marcher avant une marche est assez … déprimant.

Encore un pont à voie unique. Celui-ci est trop étroit et trop long pour que les voitures ne nous écrasent pas contre les parois…
Nous attendons.
Et là bas…
au loin…
Clément et le Laboureur font leur apparition.
-« Ba alors, on est bloqué ? »
Planche de salut.

Nous avions encore plus de dix kilomètres à faire.

Il est midi quand nous arrivons au début de la randonnée…
On ne part jamais aussi tard.
Et nous sommes chargés comme des mulets… ordinateur, carnets, vêtements inutiles. Le stop a ce désavantage : peu importe ce que tu fais, tu portes ta vie.

Nous en prenons notes pour nos futures voyages. Nous nous ré-équiperons de l’essentiel et de l’efficace. La liste de noël sera nomade.

Dix-huit kilomètres.
Des forêts odorantes, des racines joueuses, des roches suintantes, des ponts suspendus brinquebalants au dessus des torrents au bleu insensé et des traversées de rivières, de zones dit actives (comprenez des zones à risques d’éboulements, un panneau vous informe « Ne vous arrêtez pas les 500 prochains mètres. ») rendent la marche passionnante.

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Mais le sac à dos fait souffrir.

A la vue du panneau qui nous annonce les trois derniers kilomètres nous nous affalons déclarant une situation de crise : la pause s’impose.

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Et enfin nous découvrons la vallée,
nous découvrons les montagnes qui se découpent en équilibre au paradis.
Des verts ténébreux.
Des verts profonds.
Des verts acides.
Sur les gris tranchants, sur les blancs purs.
Nous sommes chez elles, sur leur territoire.
Je découvre les paysages alpins et j’aime ça.

On marche la tête en l’air au risque qu’elle finisse par embrasser la terre (il vaut mieux regarder où tu mets les pieds)…et nous arrivons.

La « hut »-sorte de chalets pour randonneurs est notre premier signal d’arrivée, puis, plus loin, la rivière, encore plus loin, la piste d’atterrissage des hélicoptères (question sécurité), et enfin vous tournez à gauche et vous voici au camping.
On se demandera souvent pourquoi les campings sont à ce point exilés.

Mais en même temps, quelle vue !

Nous ne voyons pas la hut, seulement la vallée qui dégringole et les montagnes étourdissantes qui nous toisent.
Evidemment nous sommes seuls.
Il n’y a jamais beaucoup de monde pour dormir sous tente.
Cela se confirmera très souvent.
Je ne vois pas ce qu’ils reprochent au froid ou à l’humidité…

Nous sortons la tente de nos sacs pour la faire sécher. Nous ne pouvons pas la poser comme ça.

Et vite, très vite, d’une énergie renouvelée nous nous rendons quelques dizaines de mètres plus loin pour visiter ce pour quoi nous étions venus ici:

NATURAL
HOT
POOLS

des piscines d’eaux chaudes naturelles.
**Je vous entends frémir aussi.**

Trois bassins.
Je trempe mon pied dans un petit filet d’eau qui ravine une terre rouge et va droit aux piscines bleu-vertes.
Et le retire aussitôt
C’est chaud.
C’est très chaud.
C’est trop chaud.

Je regarde Greg avec angoisse.
– « Ce n’est pas possible. »

Mais il y a des gens dans l’eau, j’essaie de me rassurer et les questionne.
Il y a bien des différences de températures et l’eau qui ruisselle vient directement de la source à 56°.
Passé cette frayeur, mon corps fond dans ce paradis peu profond, juste assez pour s’allonger et tout oublier.

J’en tremble encore.
Du bonheur liquide, de l’extase qui vous fait grigner les yeux comme une drogue.

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Et quand vous arrivez enfin à les ouvrir, quand votre oeil réussi à nouveau à faire une mise au point…
Ce sont les montagnes imposantes, tout autour de vous et leurs cascades funambules, à qui vous souriez niaisement.
– Croyais-tu qu’il y avait encore des lieux comme celui-là ?

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Ne cherchez pas la magie sur les photos mon objectif n’était pas assez grand pour embrasser l’espace mais c’est déjà un bon début.

Nous rencontrons Virginie une Suisse, une vraie, qui dit huitante balles, aime le chocolat et la montagne. Une vraie quoi. On parle de Bulle, de Broc… des coins de chez elle. Elle nous parle des randonnées dans ses montagnes à elle. Ca donne envie.
-Vous pouvez les faire, elles ne sont pas compliquées. Vous vous y connaissez en neige ?
– C’est à dire ?
– Ba, il faut être encordé.

AAAAAhhh oui, quand même, on maitrise plutôt bien le stade bonhomme de neige mais il semblerait que ce soit un autre niveau…. On attendra de la retrouver pour expérimenter la farandole sur les pics enneigés.

Puis Marguerite, grande et belle brune parisienne qui dégage une sérénité peu commune. De la douceur dans les traits et dans la voix. Le genre de personne qui déboulonne. Son autre est sculpteur. Elle, elle travaille à Arte, c’est elle qui dit quand le gnou se fait manger, à quel moment le soleil doit se lever, et ce que dit le papou.

Elle ficelle les documentaires pour qu’on se dise tous « C’est quand même trop bien Arte. »
Insidieusement, elle nous a rappelé nos dimanches matin paresseux du temps où nous étions sédentaires.
Lever tard.
Un café.
Puis deux.
Des tartines.
En suivant les reportages d’Arte.
Affalé sous les couettes du canapé lit.
Tas de feignasses.
– On le refera ça, hein Greg ?

Pendant ce temps le ciel avait caché ses montagnes, encore, comme si la Nouvelle Zélande faisait attention à couvrir régulièrement ses trésors pour nous éviter un décollement de la rétine à force de ne plus vouloir fermer les yeux.

Les nuages couvrent tout. Et il pleut. Beaucoup. A n’en plus finir.
Ma seule angoisse est que ce jus ne refroidisse mes pools.

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Au matin quand nous nous extrayons de la tente, cette dernière est… rigide.
Pour cause la pluie qui avait gelé.
La fraicheur de la nuit ne venait pas de nos esprits…

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Un dernier tour au paradis qui l’était resté malgré les intempéries puis nous quittons la vallée.

 

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