Sirène des sables_ Coober Pedy

Le vent, l’envie… tout nous poussait de nouveau vers un des villages mal aimé de l’Australie.

 

Village d’hommes, de mineurs. Village de poussière et de camaïeux ocres.

Cette bourgade masculine est née pour une femme bien évidemment. La Terre nourricière a laissé une de ses précieuses filles, ici, dans le désert.

Mais elle a fini par se sentir seule, alors telle une sirène des sables, elle a laissé le vent soulever ses dessous laissant voir les trésors qu’elle cachait sous ses jupons d’ancienne mer asséchée. Les hommes de tous les continents sont devenus fous et y ont établi leur siège. Chaque jour, ils attendent les faveurs de la belle. Chaque jour, ils espèrent. Chaque jour, ils se languissent. Une bière à la main, chaque homme échange le bonheur qui sera le sien quand elle sera sienne. Tout changera, le ciel sera plus bleu, demain n’existera plus, il n’y aura qu’aujourd’hui. Et on le fêtera ensemble s’assurent tous ces hommes qui vident les canettes de houblons en rêvant.

Coober Pedy est féminine puisque que ce sont ses dessous qui affolent les hommes. Ils rêvent de l’opale que la Terre si généreuse, si elle est amante de la Chance, leur offrira. Chaque jour, se lève sur l’Espoir et se couche sur l’Espoir. Cette ville aurait dû s’appeler Madeleine, celle qui n’arrive pas mais qu’on aime et qu’on attend quand même…Mais ce n’est pas Brel qui a posé ses yeux sur elle la première fois, c’est Hutchinson. Cette bourgade de la ruée vers l’opale a finalement gardé le nom que les aborigènes lui avaient donné à la vue de tous ces soupirants :

« Homme blanc dans un trou »

Ils avaient tout compris.

 

L’opale est séduisante. J’aime regarder les belles femmes, Greg sûrement aussi mais il ne le dit pas. Alors nous y sommes retournés, encore une fois, on n’ose pas dire une dernière. On avait aimé les gens, imaginatifs sous ce sable brûlant, tendres autant que leur terre est inhospitalière, entiers de passions et de cœur.

 

Nous sommes les bienvenus chez Amandine et Damien.

Entre mars dernier et aujourd’hui, leur arche de Noé s’est construite. Ils ont enfin leurs chez eux et préparent le déluge en réunissant les bagages nécessaires au bon plaisir du Monsieur qui vit là-haut. Ils ont un chien Tsuki-Putski-Chutcky –impossible pour moi de retenir son prénom-, un canin ayant un pet-au-casque certain. Quatre poules rousses et quatre poules noires. Quand nous partirons deux chatons se seront ajoutés au voyage ainsi qu’un essaim d’abeilles. C’est Dieu qui doit être content.

Il fait bon vivre chez ce couple amoureux comme des tourtereaux (ah, on peut le rayer de la liste des animals to have before the rain- animaux à avoir avant la pluie), gentils comme des agneaux (ok, j’arrête).

Ils nous ont accueillis avec tant de générosité que l’on a fini par squatter comme de vieux potes dont on ne peut plus se débarrasser. Que voulez-vous ? Le cappuccino avait une mousse à se damner, la bière maison pétillait comme une première communiante, la chambre ne prenait pas la température lunatique de l’extérieur -pardon Léon-, et nos deux hôtes avaient un sourire à y revenir.

Trois semaines sont passées comme quand on souffle sur un pissenlit qui veut découvrir le voyage. Les graines s’envolent doucement et sereinement.

Ce n’est pas pour autant qu’elles se sont passées dans un calme larvaire. Détrompez-vous.

Elles ont commencé comme un noël lorsqu’au goutte à goutte, nous allions chercher vos trésors à la poste (il n’y a pas de facteur à Coober Pedy). Soit la folie de Noël commençait à vous titiller, soit on commençait très sérieusement à vous manquer. Je me plais à croire à la seconde, tant j’aime nous envoyer des fleurs.

Vous avez fait fort, contrebandiers novices ou affirmés, poètes, sélectionneurs, et que du meilleur. Nous avons reçu dans des petites boites en carton la quintessence de nos régions…. Commençant par l’Alsace enchanteresse, sonnant des trompettes à la capitale, en passant par la Bretagne, en flirtant avec l’Isère, buvant des canons à Lyon, se réchauffant à Marseille pour finir dans les bras de la Bourgogne. Vous nous avez donné des crampes à force de vous sourire et donné le tournis à nos papilles.

Milles Mercis à Vous.

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Ne faites pas ça trop souvent quand même, il ne faudrait pas créer des causes vicieuses à l’éloignement- à savoir le rêve de chaque enfants, noël tous les six mois-.

Merci Encore.

 

Pendant que vous nous envoyiez le père noël, nous en étions encore aux têtes de morts et aux citrouilles : à Halloween. La Halloween Fancy Dress s’annonçait difficile pour des backpackers… Quel genre de grosse malle poussiéreuse pouvait se cacher dans Léon et nous couvrir de déguisements inattendus. Duncan, le voisin, trouva la réponse pour Greg et lui fournit la panoplie du parfait pirate. Eggwina le poulet maladif de Birdy lui servit de perroquet tandis qu’un trait de maquillage lui donna l’air macabre.

A moindre coût et à moindre temps que pouvais-je bien trouver. J’avais de l’acrylique blanche dans le van, je me mis donc en tête de faire ressortir les os sur ma peau. Un débardeur noir que je retournais pour le garder vierge pour la suite du voyage et un collant subirent le même sort. Un masque découpé au hasard dans une simple feuille blanche, des branches en aluminium pour le tenir et me voilà squelette improvisé.

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La nuit se déclina en houblonneries offertes bien souvent par un ami du couple à la main lourde. Ne vous inquiétez pas, nous ne sommes pas morts de soif. Nous le reverrons plus tard. Son nom ? Anoush. 

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Les semaines s’articulaient autour des immanquables, deux heures de karaté le mardi et le jeudi (-excuse-moi encore Shanaka, homme rieur du Sri Lanka, d’avoir pyrogravé ta peau avec mes ongles, j’espère que ta femme ne t’en a pas tenu rigueur-), le même temps dédié au golf avec l’incontournable Father Paul le vendredi (se faire tenir les hanches par un religieux pour comprendre les positions de golf m’a laissé perplexe) et la messe le dimanche matin où nous nous plaisions à revoir la douce et pétillante Reine, une française dont l’accent du sud fait sautiller son franglais. Depuis quand s’est-elle installée à Coober Pedy ? Je ne sais plus. Mais cela ne date pas d’hier.
A la messe, lors de la quête, de la communion, ou autre moment en suspens, Reine aime à nous donner les recettes de la ratatouille et des aubergines farcies.

Les cigales se glissent dans la petite église soutter-Reine.

 

 

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0 thoughts on “Sirène des sables_ Coober Pedy

  1. Une belle métaphore sur cette fièvre de l’opale. Et de façon générale, toujours aussi bien écrit, tous ces textes sont aussi riches en sens et qu’en images. Je ressens beaucoup de mélancolie en te lisant.
    Nous voyageons avec vous, mais nous compatissons aussi.

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