MBantua 1/3

La cheftaine du centre d’art nous a proposé d’être volontaires pour le festival de Mbantua d’Alice Springs.. Très bonne occasion de continuer notre partage avec les aborigènes de Yuendumu dans un autre cadre que l’art peint… Nous troquons l’acrylique contre des notes et des entrechats.

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http://www.youtube.com/watch?v=thEttpGUDy0

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Pour deux jours, nous sommes les gardiens du détachement diplomatique de la communauté de Yuendumu. Des ladies plus ou moins déjà ancêtres viennent danser et chanter la Tradition.
Mais après … nous n’avons pas plus d’infos. Nous arrivons à Alice Springs avec Léon l’aventurier qui s’est avalé les kilomètres de gravel comme une autoroute.

Nous tentons de contacter Cécilia la Cheftaine. Les ladies n’ont pas quitté Yuendumu. Nous passons la journée en ville et la terminons sur une aire de repos à trente kilomètres d’Alice Springs. Toujours pas de nouvelle.

Une autre journée.

« Je vous appellerai avant de partir. »

Le soir arrive, à croire qu’elle n’est jamais partie. Nous la contactons. C’est là qu’elle s’étonne que nous ne profitions pas de l’hôtel tout frais payé en pension complète depuis la nuit dernière et pour trois nuits encore…

Fallait-il déjà être au courant.
Nous finissions par trouver le lieu.
Nos femmes sont déjà arrivées depuis la veille parait-il.
L’hôtel est réservé aux aborigènes.
L’idée me surprend mais au final pas tant que cela.
Quand je travaillais au restau à Newman, nous étions le seul restaurant de la ville à accepter un groupe d’aborigènes. Chez les autres, ils n’étaient pas interdits officiellement, mais c’était le cas.
Les aborigènes n’ont pas bonne presse. Ce n’est plus une découverte. Il est vrai que certains n’ont pas le même standard d’hygiène que la majorité des cadillas (blancs en walpiri).

Je suis dès lors curieuse de voir comment cet hôtel est pensé.
Pour entrer nous sommes obligés de passer devant le gardien. Toute personne en état d’ébriété ou sous l’effet de drogue ou qui fera preuve de violence ne sera pas admis, chambre payée ou pas. Jusque là je suppose qu’il n’ y a pas trop de différence.

Le lieu est en fait un assemblage de petites cabines en monopièce, comme un petit village. Chaque chambre est une pièce au sol recouvert de lino qui grimpe à 15cm sur les murs. Il y a deux lits et un frigo. Les douches et les toilettes sont au bloc douche mais nous avons un évier à l’extérieur de la « cabine ». Sur les murs, des pancartes décoratives, si on est minimaliste, indiquant : « Ne prenez pas d’affaires de la chambre » ou le très apprécié « No spitting, No eating, No smoking »… Pour les deux derniers on a compris mais le premier est resté un mystère jusqu’à temps que je m’attarde sur le mode d’emploi de notre dentifrice (j’ai des brossages de dents culturels). A sa lecture, j’en ai déduit que spitting voulait donc dire « cracher ».

Les matelas sont recouverts de cette immonde protège matelas en plastique qui facilite le nettoyage et vous fait transpirer comme sous une canicule. Les couettes se lavent en entier. Il n’y a pas de housse.

Je vous passe les autres règles de l’hôtel.

Je trouve le système intéressant.
Une chambre très propre quand on y arrive avec un ménage restreint pour les départs de clients plus difficiles et pourtant tout le confort est là… enfin sur le pallier.

Au petit déjeuner, c’est Maurice qui distribue tout. Rien est à portée de mains si ce n’est certaines boites avec du café et du sucre et des jars de lait. Sinon Maurice vous tend le bol avec les céréales que vous avez choisies, Maurice vous tend votre bacon et Maurice vous grille vos tartines et vous les beurre. Maurice se sent un peu débordée mais Maurice est très gentille. De toute façon, par défaut on aime bien les gens qui servent les petits déjeuners …

 Nous essayons de trouver des visages connus. Car mine de rien on ne sait pas combien de femmes vont danser et on n’est même pas sûrs de toutes les connaitre. Dans cet hôtel nous sommes une petite centaine.

Devant notre chambre nous reconnaissons enfin quelqu’un. C’est Judy Watson, une des mascottes du centre d’art. Elle nous reconnait aussi et nous fait de grands signes. Nous sommes heureux de voir un visage familier et surpris qu’il soit accueillant. Judy n’est pas connue pour être une tendre. Mais elle reprend vite ses esprits et sa douce voix intérieur lui susurre :

« J’avais oublié que je ne pouvais pas me les encadrer. » ou « C’est la honte de saluer des cadillas  devant les copines… »
Bref elle nous ignore finalement.

Nous nous sommes donc, si vous permettez l’expression, pris un vent du désert. Chaud mais très sec.
Peu importe, cela signifie que nous sommes dans le bon hôtel. Nous ne nous attendions pas à une foule en délire hurlant nos prénoms…

Le lendemain, premier jour du festival nous rencontrons le reste de notre groupe. Une des femmes nous aide en nous les présentant.

Gracie, Paddy, Maggie, Ruth, Judy, Biddy, Nellie, Maisie, Marlette, Lynette…

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Nous avons donc des petites vieilles et des plus jeunes. Elles se méfient et nous parlent peu… et quand c’est le cas c’est souvent chuchoté. Mi Walpiri, mi anglais. On essaie de se comprendre.

Ca ne fonctionne pas toujours.

L’atmosphère se détend un peu après la première journée quand elles auront compris et expérimenté qu’on était là pour elles, pour leur confort, pour leurs questions, leurs angoisses.

Nous prenons les petites vieilles à nos bras à défaut de pouvoir les porter sur notre dos, nous creusons des puits pour leur trouver de l’eau, nous partons chasser les boites de lunch qui jouent à cache cache. Décidément, ce festival n’est pas toujours bien organisé, les choses simples ne le sont pas, et nous obligent à creuser du côté des Barbies au sourire faux et au nom tellement séries B de Crystal (**attention ! Mouvement de brushing**) , ou près du débordé, inutile mais amusant Russel.

Elles méritaient bien notre aide nos petites vieilles car elles le sont vraiment… en déambulateur, en canne, en machine à roulettes…Mais comme la Terre qui fera dire à Galillée, et pourtant elle tourne, on pourrait dire de ces Ladies « Et pourtant elles se déplacent »… comme des Warriors.

Les hautes marches du bus sont montées. On se tient n’importe où, on se penche jusqu’à toucher les marches de la tête. On englobe l’obstacle et on le gravit.

On est mamie dans le corps pas dans la tête.

Elles ont une carrure très picturale.

Le haut du corps est large sur des jambes minces qui surplombent leurs pieds nus. Des seins lourds, imposants, tombants comme une force fertile. Et sur ces corps : la pudeur occidentale qui se décline en motifs désassortis et en couleurs. Du rose, du jaune, du violet. Pour la plupart, ces femmes ont le poil au menton de ma mamie, en plus fournit, ça doit piquer aux embrassades. Georges me disait qu’il fallait les voir sortir le rasoir avant la messe. Il ne faut pas s’étonner que le poil soit dure. Des coquetteries inexistantes pour les vêtements mais terriblement présente dans les accessoires : des bandanas, des sacs et des bracelets.

C’est drôle une femme.

De retour à l’hôtel, on les retrouve dans leur chambre, en cercle, assises sur des couvertures. Ca jette les pièces et les billets sur l’absence de table. Ca joue aux cartes comme dans les meilleurs tripots à cette différence près que la fumée de cigarette ne s’envole pas sur les silhouettes… Le tabac à fumer c’est pour les cadhillas. Ici, on chique de grosses fientes de tabac qui collent aux dents et colorent les lèvres.

Pas besoin de zone fumeur.

On n’ose pas jouer. On se ferait plumer, c’est une certitude.

Ces ladies sont des bandits.

ImageRene MORERE, Joueuses de cartes

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