Icare_ Hommage à Eugen Kamenew

Cet article ne suit pas la chronologie du voyage, mais le sujet dont il est question participe à un concours ce 12 juin. On se devait donc de lui faire un petit coup de pub… Je vous laisse découvrir.

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La vie nous offre des trésors, des opportunités que l’instant doit nous ordonner de saisir. Elles sont faites de moments furtifs et partagés dans la passion. Il n’y a qu’elle qui devrait diriger nos vies. Penser avec les tripes, le coeur étant trop faible et la tête, bien trop sage. Une expérience comme celle là, il n’y en a pas.

L’opportunité peut être prévue, on peut l’avoir attendue peut être même l’avoir provoquée. Il n’y a pas de honte à cela. Et il y a l’opportunité « feu d’artifice », celle qui arrive au moment où tu t’attendais à tout sauf à cela. C’est le moment où on te dit, « Essaie ! », le moment où tu te dis « pourquoi pas » Et c’est le moment où l’enfant qui est en toi te demande :  » Cap ? ».

Tu dois lui répondre oui.

Sur le chemin de Newman, nous n’avions que l’espoir de trouver du travail. Pas un rêve dont nous n’étions pas les rêveurs. Nous partions seulement en quête d’un endroit où dormir… le temps de chercher et de trouver du travail. J’ai donc laissé une annonce sur ce bon vieux site internet de couchsurfing. Mais Newman, ce n’est pas très grand. Il n’y avait que cinq « couchsurfeurs ». C’est à dire des gens qui, en échange de rien et au seul nom de l’amour partagé du voyage, accepte de te faire une place chez eux, l’espace de quelques nuits. J’ai écrit aux cinq. Aucun d’eux n’a répondu. A la place j’ai eu la proposition étrange d’un chasseur.

Les chasseurs vous les connaissez. En tout, trois catégories. Il y a le bon, le mauvais et celui de Chantal Goya. J’ignorais qu’il en existait d’autres… mais prenez le mot comme symbole, comme image. On se retrouve Indiana Jones chassant le graal. Un chasseur c’est un délogeur, un débusqueur, un poursuiveur, un traqueur, un talonneur.

Le notre était harceleur d’éclipse. Une sorte d’Indiana fou qui nous a trouvé sur la toile. Quand ce genre de type vous aborde en disant « Hey, tu m’as bien l’air mignonne, faire des photos dans le noir de l’éclipse…Ca te tente ? ». Tu te dois d’essayer de lire entre les lignes. Ne rien rejeter sur un coup de tête.

Proposer à quelqu’un de faire des photos, lui proposer sur internet, le proposer à une fille, entraîne forcement tout son lot de soupçons. Ah, à la fin du message il parle de Greg. Photos de couple. Bon, déjà, ça va mieux. Je regarde le lien de ses clichés… Des silhouettes se détachent de la lune, ou du soleil incandescent des éclipses… Je dis oui. On se laisse des messages, on s’appelle et on prend finalement rendez vous.

Il est onze heures, jeudi 9 mai.

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(photo prise sur son profil facebook)

Le personnage arrive. Avis de tornade force 4. Eugen Kamanew est dans l’arène, dans le dernier couloir qui le sépare de ses rêves, de sa maîtresse, de son coeur qui bat… de son éclipse. Le décrire est inutile. C’est un bout d’homme qui se vit. Enthousiaste à perdre haleine tellement le besoin de partager son ressenti du monde, ses espoirs, ses rêves est impérieux. Il s’emporte dans son propre mouvement. Il diverge, converge et revient au point de départ. Ah non, il a fait un pas. Il enfile le chapeau de paille qu’il avait acheté quelques mois auparavant pour l’éclipse totale de Cairns. Il est comme ça Eugen, il avance à petits pas de géants dans un monde qui va trop superficiel. Alors des fois, c’est normal, il se sent un peu ailleurs. Enfant d’un autre cosmos, Eugen est allemand. Enfin… né au kasakstan , de mère russe et de père allemand.

Il me tend du chocolat. T’es pt’ête pas toujours très clair Eugen mais tu sais comment parler aux femmes…

Il nous dévoile son plan d’attaque pour réaliser sa mission, marcher sur sa poésie cosmique. L’éclipse de ce 10 mai sera annulaire. C’est à dire qu’elle ne sera pas totale mais qu’un mince anneau de feu sera visible autour de la lune qui sera placée, elle, devant le soleil. Vous me suivez ? J’ignorai cela possible. Il veut que nous, le couple de sa photo, rendions vivante cette rencontre improbable de la lune et du soleil. Ce rendez-vous mystique. »le soleil a rendez-vous avec la lune. Mais la lune n’est pas là et le soleil l’attend. » Il n’aura plus à attendre longtemps, c’est demain 6h23am.

Nous partons sur la colline où nous devons prendre les photos. Il s’occupe de la triangulation. A coups de calculs et de logiciels, il cherche à savoir où le soleil se lèvera exactement. Car a peine le soleil sera là, que déjà, la lune viendra le grignoter. Ca valait le coup de se lever lui direz vous !

Il titube notre Eugen, sa boussole ne marche plus. Mais comme un Jean-Marc aux antipodes, Greg lui tend une pile plate 3volts (on a ça nous ?), et notre boussole manuelle (tiens? notre déco sert à quelque chose ?).

Le Kasak-russo-germanique trouve son bonheur. Il nous colle sur un bout de rocher, et va s’exiler à quelques deux cents mètres plus loin …question d’angle.

Nous lui demandons quel genre de pose il attend de nous.

-« Celle que vous voulez. »

Alors réfléchissons… c’est un des moments les plus importants de sa vie et il nous donne la possibilité de le gâcher. Merci pour la confiance mais on va prendre la sûreté. Toute l’après midi. Et dieu que c’est long une après midi quand on y pense ! Nous avons essayé des postures, des danses à deux, des ombres chinoises pour tenter de le séduire pendant que lui, sur la colline d’en face, réglait ses jouets.

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A notre grande déception, il n’a choisi aucune des nôtres. Mais peu importe car cela lui a indiqué ce qu’il ne voulait pas et l’a conduit insidieusement à ce qu’il attendait de nous.

Tout est prêt. Il ne manque plus qu’à attendre que les aiguilles tournent, que le soleil laisse place à la lune et que le jour se lève de nouveau… Un barbecue, quelques bières nous aideront à patienter.

Un échantillon d’heure de sommeil. Il est 5heures trente AM, les esclaves d’Eugen-l’inspiré s’étirent.

Il fait froid. 12°.

Un café nous gagne quelques heures de sommeil.

6h. Il faut y aller. Des japonais ont attendu toute la nuit, derrière leurs appareils derniers cris. Ils ont quadrillé la zone. Par chance, ou par calcul, notre lieu est atypique, il n’y a personne sur nos cailloux. Tant mieux. Nous entendons le sifflement d’Eugen, qui signifie : « C’est l’heure, en piste. »

J’enlève mon jean, j’enlève mon polaire, j’enlève mon gilet, j’enlève mon foulard… pour ne rester qu’en robe légère, idéale pour trente cinq degrés. Je me répète que je crois en l’Art et que la pneumonie n’est faite que pour les filles de 11 ans qui vivent dans des donjons.

Greg est en chemisette. Il ne fait pas le fier non plus.

Il fait nuit. 12 ° Toujours. On se tient la main et levons nos bras libres comme une acclamation au soleil qui nous fait déjà languir.

Il arrive doucement… On a nos lunettes d’éclipse. La boule de feu se décolle de la terre. Presque aussitôt elle est cachée par le gobe lunaire. L’anneau de feu se forme. On comprend soudain pourquoi on est là. Pourquoi on lève les bras vers lui. On comprend le miracle de la marche du cosmos, de son influence sur nos petits êtres de chair et de sang. C’est beau… et ça nous laisse sans voix, comme un petit Kiri. La lune se décale, descend sur la droite continuant à croquer le soleil.

On tient comme ça de longues minutes, jusqu’à tant que nos bras deviennent douloureux et nous ordonnent de les baisser. On leur obéis lentement. On doit être synchro sans se regarder, sans tourner la tête. Alors on compte. Jusqu’à vingt. Et quand on se sera un peu reposé, on les lèvera de nouveau. Vingt secondes encore. On compte. Car plus les minutes passent plus le corps nous déteste. Mais nous ne bougeons pas. On tient bon. On ne va pas gâcher le rêve de l’oncle Eugen parce qu’on est des fillettes ! Durant la totalité de l’éclipse, il fera un film, en plus des photos. Nous devons tenir. Je me demande si mes tremblements rendront les photos floues. Les minutes s’écoulent encore… Longues. Depuis combien de temps on est là ? On a l’impression que la Lune ne descend plus que le soleil ne monte pas et que tout deux se plaisent à nous torturer. Le vent est glacial. Les faibles rayons du soleil ont du mal à le vaincre. Greg ne se sent pas très bien. Il n’est plus très frais du barbecue de la veille. Il lutte. J’entends ma mère me dire que je devrais aller mettre un pull mais que de toute façon je fais toujours ce que je veux. On ne sait plus quoi faire pour passer le temps, pour nous oublier un peu. On se met à chanter à tue tête comme des aliénés, mais sans bouger. »Ainsi font font font » , « Pirouette cacahuète » et un peu de Cabrel aussi. Est-ce qu’Eugen nous a laissé là ?

On rêve de bouger de nouveau.

Enfin… ENFIN ! Nous avons notre signal. Mais nos bras et nos jambes sont morts. Nous ré-apprenons à bouger douloureusement, très lentement. On renfile nos vêtements, nous n’attendons personne, et nous allons poser nos derrières de statues dans la voiture.

Nous découvrons que nous sommes restés une heure et demi figés dans le froid de ce vendredi 10 mai 2013. Mon dieu… ça mérite un peu de musique. On se met à danser dans ce début de matinée à la manière d’un grabataire qui aurait connu la grâce. Avec passion.

Eugen et Lucie nous rejoignent. Notre amoureux est conquis. Des étoiles dans les yeux.

Ca y est, on a toutes les galaxies.

POUR VOIR LE RESULTAT- RESULTAT SANS RETOUCHE PHOTOSHOP OU AUTRES -… SUIVEZ CE LIEN, n’hésitez pas utiliser les flèches pour les voir toutes, et vous pouvez également les commenter (en cliquant sur la petite bulle en bas à droite)  :

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0 thoughts on “Icare_ Hommage à Eugen Kamenew

  1. Vous êtes très … cosmogéniques !!
    Désormais, touchés par la magie copernicienne, vous demeurerez à jamais êtres célestes sublimés par le philtre de la photographie.
    Chère filleule, tu me remplis d’allégresse!
    Hey Eugene, thanks !

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